Interview d'Yves Souteyrand![]() Trois questions à Yves SouteyrandYves Souteyrand, titulaire d’un doctorat d’économie de la santé, est coordinateur de l’unité Information stratégique du département VIH/sida de l’OMS et administrateur de Sidaction. Lors de l’ouverture de la conférence, il a démontré que la riposte à l’épidémie a un impact incontestable, mais que si les droits de l’Homme ne progressent pas simultanément, ces progrès resteront trop limités. Quels sont les liens entre dynamique de l’épidémie et droits de l’Homme ? J’essaie de montrer qu’il y a quatre liens importants entre épidémiologie et droits de l’Homme. En premier lieu, il faut expliquer que les violations des droits de l’Homme empêchent d’avoir une bonne connaissance de l’épidémie. Par exemple, notre connaissance de l’épidémie chez les populations les plus exposées a tardé à apparaitre, notamment dans les pays à épidémie généralisée. Ensuite, une pratique non éthique de la surveillance épidémiologique peut accentuer les violations des droits humains ; ainsi il est difficile de révéler ses comportements ou son identité sexuelle dans des contextes de forte discrimination et de criminalisation. Puis les violations de ces droits contribuent à l’expansion de l’épidémie : on a une claire démonstration que les violences faites aux femmes, dans l’intimité, contribuent à l’incidence du VIH chez les femmes en Afrique. Enfin, on remarque une réelle défaillance à utiliser les données épidémiologiques pour agir contre la propagation de l’épidémie. Et parfois pire encore, des données épidémiologiques peuvent être utilisées pour criminaliser des comportements. Tout ne fait qu’aggraver les défis liés aux droits de l’Homme. Le fait que dans 80 pays, les comportements homosexuels soient criminalisés alors que c’est une des populations les plus fortement exposées partout dans le monde, y compris dans les pays à épidémie généralisée, a pour conséquence que peu de programmes sont développés en direction des homosexuels. Vous comparez plusieurs pays de la zone Caraïbe en fonction de leur législation vis-à-vis des homosexuels… Oui, la comparaison porte sur la situation de l’épidémie chez les homosexuels vis-à-vis du VIH dans sept pays de la Caraïbe, avec trois pays où l’homosexualité est criminalisée et quatre où elle ne l’est pas. Dans les pays où elle l’est, la prévalence du VIH se situe entre 20 % et 25 %, alors que dans les pays où elle n’est pas criminalisée, les taux sont plus faibles, compris entre 1 % et 10 %. Que préconise l’OMS sur ce lien dramatique entre droits de l’Homme et épidémie ? Il faut à tout prix renforcer les systèmes d’information sanitaire et démographique, y compris l’état civil dans la plupart des pays. Il faut partout étendre la réponse à l’épidémie en ciblant mieux celles et ceux qui subissent des violations de leurs droits. Car l’accès universel à la prévention et aux traitements ne peut pas être atteint sans la réalisation pleine et entière des droits de l’Homme. Propos recueillis par Eric Fleutelot |
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