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Témoignage de Christophe

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Christophe,

Christophe.
De ces petits actes qui vous semblent sans importance vous pouvez abîmer une âme, la torturer, la blesser de telle façon qu'il est dur de s'en relever.
 
On se dit que ce sont des mots, des gestes, si peu conséquents qu'ils ne peuvent avoir d'incidence mais répétés tout au long d'une journée, d'un mois, d'une vie, la note peut alors être lourde et sembler incommensurable, un peu comme ces cachets que l'on doit avaler journellement et que l'on finit par cacher car trop révélateurs d'un état qui fait peur, comme une peste intolérable.
 
On finit par se demander s'il vaut mieux le taire et subir sans dire ou bien l'avouer ouvertement et braver les interdits et les regards, les gestes, les incompréhensions, la tête haute et le sourire aux lèvres pour cacher ce grincement de dents que l'on ne peut arrêter, ce sourire qui peut devenir carnassier en réponse à la douleur infligée.
 
Comment peut-on réagir ainsi alors que l'on est persuadé que tout le monde sait? Est-ce à cause de cette sensation, de cette diabolisation des nouvelles campagnes de sensibilisation où l'on se trouve stigmatisé, amalgamé, assimilé à une bombe vivante qui pourrait vous exploser à la gueule à tout instant.
 
Peut-on comprendre ce que nous vivons au jour le jour, nos peurs, nos doutes, nos angoisses, cette pensée constante que notre sang charrie une mort, parmi tant d'autres, et que le don de soi total nous est interdit?
 
Peut-on comprendre ce que l'on ressent à chaque fois que l'aiguille nous perce la peau et que l'on rentre dans le cycle infernal de l'attente, du doute toujours présent qu'un jour, peut-être, le virus pourra prendre le dessus et nous amener aux portes incandescentes de notre disparition?
 
Peut-on comprendre cet enfer journalier que l'on cache derrière cette attitude bravache et qui nous donne la force de continuer?
 
Je n'ai pas les réponses à ces questions, je les ai frôlées quelques fois et leur doux bruissements m'ont apporté l'amour et la force pour regarder vers le lendemain.
 
Je n'ai qu'une chose à dire, j'ai envie de vivre.

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