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Charge virale indétectable

Retour sur les « déclarations suisses »


Charge virale indétectable depuis plus de six mois, aucune infection sexuellement transmissible (IST), adhérence parfaite selon la Commission Fédérale suisse contre le sida, ces critères permettent à une personne vivant avec le VIH de ne plus être contaminante. Ce dimanche 3 août, lors d'une session satellite de la conférence de Mexico, le professeur Pietro Vernazza, médecin chef à l'hôpital de Saint-Gallen, le docteur Bernard Hirschel, responsable de l'unité VIH Sida aux hôpitaux universitaires de Genève, le docteur Catherine Hankins, conseillère scientifique principale de l'Onusida, le professeur Myron Cohen de l'université de Caroline du Nord et Nikos Dedes (European AIDS Treatment Group) sont revenus sur cette déclaration et les réactions contrastées qu'elle avait suscitées.
 
Pietro Vernazza, qui préside la Commission, a rappelé que le niveau de risque résiduel estimé (inférieur à 1 sur 100 000) était comparable à d'autres risques de la vie courante, généralement considérés comme négligeables ou acceptables. « Une étude néo-zélandaise a par exemple montré qu'un non-fumeur a chaque année une chance sur 600 de plus de mourir s'il vit sous le même toit qu'un fumeur. De même, statistiquement, un alpiniste sur 20 000 meurt chaque année dans les Alpes. Pourquoi traiter le sexe d'une façon différente ? »
 
Les déclarations suisses ont été bien accueillies par de nombreuses associations de personnes vivant avec le VIH, qui y voient un argument pour lutter contre les discriminations qu'elles subissent. Elle est une bonne nouvelle pour les couples sérodifférents (une personne séronégative, l'autre séropositive). « Cette déclaration nous libère de notre peur constante de contaminer la personne que l'on aime », a ainsi déclaré Nikos Dedes.
 

Une bonne nouvelle, mais pour une minorité

 
Certains ont cependant fait remarquer que seule une petite minorité des personnes touchées remplissent parfaitement les critères, peuvent discuter librement de ces questions dans leur couple ou, tout simplement, ont accès à la mesure de la charge virale. Des réserves qui, pour Eric Fleutelot, directeur général adjoint international de Sidaction, rendent « plus nécessaire encore la mise en place des mesures de charge virale dans tous les pays ».
 
Panélistes et participants ont unanimement admis que cette déclaration avait le mérite immense de permettre un débat ouvert et honnête sur l'utilisation des préservatifs dans les couples sérodifférents. Certains ont avancé que le counselling sur le préservatif et donc son utilisation effective pourraient être facilités par ces nouveaux paramètres en donnant une indication sur le niveau de risque selon la situation. Certaines questions restent cependant posées, notamment sur les études disponibles concernant le risque et la fréquence des rebonds viraux. Ces élévations temporaires de la charge virale, bien que semblant modérées, restent encore mal connues.
 
Autre argument des détracteurs de la position suisse : la possible présence d'IST asymptomatiques et donc non détectées. Or les IST augmentant les risques de transmission du VIH. C'est d'ailleurs cette inquiétude qui avait conduit les Suisses à restreindre, en pratique, leur déclaration aux couples sérodifférents stables et fidèles. Mauvais argument pour Nikos Dedes. « Si les IST sont aussi dangereuses qu'ont le dit en terme de transmission, alors il est criminel pour les médecins et les autorités de santé publique de ne pas les dépister systématiquement chez les séropositifs ! »
 
Face à l'enthousiasme de la salle, tempéré par certaines critiques, le professeur Hirschel a conclu que, « lorsque des risques d'importance égale sont traités de manière inégale, alors, il y a un problème. Ne minimisons pas la tendance des groupes d'experts à se protéger d'abord eux-mêmes : si on dit qu'il y a un risque alors qu'on sait scientifiquement qu'il n'y en a pas, alors on est couvert ; c'est la théorie de l'asymétrie des risques... ». L'association suisse Lhive, convaincue, en appelle la prise en compte de la déclaration de la Commission Fédérale dans les programmes de prévention et de suivi des personnes vivant avec le VIH. Elle a annoncé la mise en ligne sur son site www.lhive.ch du « Manifeste de Mexico ».
 
 
Bertrand Audoin - directeur général Sidaction et Renaud Persiaux - Adjoint aux publications, magazine Transversal


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