Discrimination post-mortem : bilan de la conférenceBilan de la conférence de presse du 6 janvier Discriminés jusque dans la mort, combien de temps encore ?Act Up Paris, ELCS et Sidaction ont organisé une conférence de presse le 6 janvier pour dénoncer une règlementation discriminant les personnes séropositives jusque dans la mort. « Les soins funéraires sont interdits aux personnes dont le certificat de décès mentionne qu'elles vivaient avec le VIH, rappellent les associations dans un communiqué. Il s'agit d'une discrimination légale sans fondement scientifique ». L'arrêté du 20 juillet 1998 fait toujours figurer le VIH sur la liste des maladies faisant obstacle à la pratique de soins de conservation sur les corps. Et le ministère de la Santé s'apprête à reconduire cette discrimination légale sur les recommandations du Haut conseil de la santé publique contre l'avis du Conseil national du sida (CNS). Ce dernier avait rendu un avis le 12 mars 2009 demandant l'annulation de l'article en cause, estimant « les précautions universelles à prendre par les professionnels dans la manipulation des corps largement suffisantes pour éviter tout problème ». « Cette disposition légale est une absurdité scientifique, sans efficacité pratique, avec un caractère particulièrement infâmant et humiliant », déclare le Pr Alain Sobel, immunologue à l'Hôtel-Dieu (Paris). « Les personnes séropositives qui décèdent et qui étaient suivies ont aujourd'hui le plus souvent une charge virale indétectable, ce qui signifie qu'elles n'ont plus de virus dans le sang circulant, poursuit le professeur Sobel. Seules les personnes vivant avec le VIH sans le savoir, estimées à près de 40 000 en France, pourraient éventuellement présenter un risque de contamination du fait d'une quantité importante de virus dans le sang en absence de traitements, mais pas plus que toutes les personnes décédées chez lesquelles de nombreux germes prolifèrent. La seule vraie prévention consiste à suivre les précautions universelles élaborées par l'Organisation mondiale de la santé ». Marc Dixneuf, directeur des programmes associatifs France de Sidaction souligne « la contradiction des instances gouvernementales : comment prétendre vouloir lutter contre les discriminations que subissent les personnes vivant avec le VIH, notamment au travers d'un plan national de lutte contre le sida et dans le même temps entretenir peurs irrationnelles et fantasmes dans l'esprit du public en maintenant une législation discriminante ? » Jérôme Martin, d'Act Up-Paris souligne au passage que l'unique cas documenté de contamination d'un thanatopracteur cité par le HSCP concernerait une contamination hors de l'exercice des fonctions. « Nous nous battons pour les droits et la dignité des personnes vivant avec le VIH, mais nous n'opposons pas les droits de certains à la sécurité d'autres », juge utile de rappeler le militant. Au début de l'épidémie, rappelle le Pr Alain Sorel, « aucune contamination lors de soins funéraires n'a été à déplorer grâce aux mesures de précaution prises par les professionnels alors que les personnes décédaient dans d'autres proportions et avec des charges virales très élevées ». Et Jérôme Martin de conclure : « C'est précisément l'exclusion des séropositifs qui entretient aujourd'hui auprès du personnel une illusion de sécurité ». Qu'en pensent les professionnels intéressés ? « Nous ne sommes pas opposés à la possibilité d'effectuer des soins de conservation sur des personnes qui vivaient avec le VIH au vu des informations dont nous disposons maintenant », explique Jean-Claude Simon, secrétaire général de la Fédération française des pompes funèbres. Un thanatopracteur qui ne respecterait pas la règlementation en vigueur se verrait immédiatement retirer son habilitation préfectorale et ne pourrait plus exercer. « Nous ne savons pas de quelle affection éventuelle souffrait une personne, nous avons seulement parfois une indication de mise en bière immédiate sans soins de conservation, poursuit Jean-Claude Simon. Nous sommes aujourd'hui favorables à une modification des textes en vigueur ». La Direction générale de la Santé a invité les associations et les représentants de la profession à une réunion mardi 10 janvier. Rendez-vous après cette rencontre pour savoir si les instances politiques auront entendu le message. Retour à la liste des actus |
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