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Construire la lutte

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les femmes et les homosexuels face au sida en Afrique


Mauvais genre : ce symposium organisé par Sidaction et Aides explorait les similitudes et les contraintes du combat de militants femmes et de militants homosexuels face au sida en Afrique. Il a rassemblé des personnalités mobilisées pour trouver des réponses à l’homophobie et à la misogynie, qui contribuent à la transmission du VIH.

Le Pr Cheikh Ibrahima Niang (Université Anta Diop, Dakar) a commencé par décrire l’évolution de la perception de l’homosexualité par la population au Sénégal. Jusqu’à 2007, c’était plutôt l’indifférence, puis le ciblage spécifique et la prise en compte de la population homosexuelle dans le programme national de lutte contre le sida. Tout change en 2008, avec une phase de forte stigmatisation et de discrimination violente, qui entraîne la dispersion du tissu associatif engagé au côté des homosexuels. En conséquence de quoi, il devient progressivement impossible de mettre en place activités de prévention et de prise en charge. Un recul dramatique en 2 ans.

La militante Latefa Imane s’est quant à elle concentrée sur le parcours de la femme militante dans la lutte contre le VIH. Rappelant les rôles de « révélateur social » du sida et de « réformateurs sociaux » des militants, elle a souligné que ce sont les femmes qui se sont mobilisées en premier au Sud, et les homosexuels au Nord. Elle a regretté que dans la prévention du VIH, la femme soit toujours enfermée, soit dans un rôle de mère, soit dans un rôle de travailleuse du sexe, exhortant à un renouvellement des programmes en direction des femmes, avec des outils adaptés et réellement innovants. Appelant à la vigilance pour que la lutte contre le sida n’avance pas sans celle pour les droits des personnes, elle a averti : il ne faudra pas réduire la question des droits à la lutte contre le sida. D’où la nécessité de bâtir des alliances entre les différents acteurs. En ce domaine, beaucoup reste à faire, que ce soit avec des syndicats, des associations de défenses des droits de l’homme, ou encore des responsables politiques…

Enfin, le témoignage émouvant et poignant de Jeanne Gapiya a illustré les similitudes entre la stigmatisation et la discrimination que pouvait vivre une veuve séropositive dans les années 1990, et celle que subissent les homosexuels africains aujourd’hui. Pour Jeanne Gapiya, aucun doute : les stratégies mises en place pour les personnes vivant avec le VIH doivent maintenant servir d’exemples dans la lutte pour les droits des homosexuels, y compris l’accès à la santé. L’association qu’elle préside, l’ANSS, a intégré les populations homosexuelles en 2008, et la militante est depuis devenue une fervente défenseuse des droits des homosexuels dans son pays, qui a hélas récemment criminalisé l’homosexualité.

Trois conclusions se dégagent :
  • la nécessité que les femmes et les homosexuels accèdent à tous les niveaux des processus de décision et ne soient pas seulement cantonnés à des activités en direction des femmes et des homosexuels ;
  • la reprise de la démarche militante entreprise dans les années 1990, qui a apporté une visibilité aux personnes vivant avec le VIH ;
  • l’exigence de se concentrer sur l’ennemi unique et commun, le VIH, et de s’allier plutôt que de se diviser.
 
L’objectif est maintenant d’élaborer un partenariat élargi réunissant associations de personnes vivant avec le VIH, associations identitaires, associations de défense des droits de l’Homme, syndicats et partis politiques.


Michele Maietta pour Sidaction, Casablanca, 30 mars 2010, 5e Conférence francophone sur le VIH/sida

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