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Rapports de genre

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Lorsque « mieux vaut la mort que la honte » : la faible fréquentation par les hommes des services de prise en charge

Deux sessions étaient consacrées à l’impact du genre sur la stigmatisation, la discrimination et l’accès aux services VIH des personnes infectées en Afrique. L’occasion de faire le point sur une réalité occultée : la faible présence des hommes dans les services de prise en charge VIH/sida. Au Burkina Faso, par exemple, alors que la prévalence est comparable chez les hommes et chez les femmes, on compte seulement un homme sous traitement ARV pour deux femmes.

Une enquête qualitative menée entre 2005 et 2008 par l’anthropologue Blandine Bila (IRSS/CNRST Burkina Faso, CReCSS Université Aix-Marseille III) auprès de 53 personnes vivant avec le VIH (18 hommes et 35 femmes) éclaire le poids des représentations dans les réticences des hommes à fréquenter les centres de prise en charge. Et ses conséquences sur le couple.

Les travaux de Blandine Bila révèlent que les hommes associent le sida à une maladie de femmes, les personnes infectées à des « baadramba », c'est-à-dire à des gens affaiblis, démunis et en détresse, et les sites de prise en charge à des lieux de charité.

Pour eux, être vus dans un lieu accueillant des personnes vivant avec le VIH est une atteinte à leur dignité. D’autant qu’ils ne peuvent se réfugier derrière leurs enfants pour prétexter devoir s’y rendre, contrairement aux femmes. Certains avouent préférer mourir que subir cette honte.

Révélant les perceptions et les inquiétudes d’hommes prêts à sacrifier leur santé pour sauver la face, l’étude a l’immense mérite d’offrir une alternative aux visions souvent manichéennes du genre, où les femmes sont les victimes et les hommes les bourreaux. Et d’analyser le propre système de contraintes et de représentations de ces derniers.

Les femmes "soignantes familiales"
Face aux réticences des hommes, les femmes échafaudent des stratégies avec les soignants pour faciliter la prise en charge de leurs partenaires masculins, endossant un véritable rôle de « soignantes familiales ». Pour leur éviter d’exposer leur maladie en public, elles les remplacent dans les files d’attente, subissant à leur place les injonctions et jugements des soignants. Ou dissimulent les médicaments ARV dans le pain du petit déjeuner, s’assurant au passage qu’ils les prennent régulièrement.

En s’impliquant dans la santé de leurs conjoints, ces femmes leur facilitent l’accès aux soins. Et, par la même occasion, se protègent d’éventuelles accusations d’être la cause de la maladie (ou de la mort) du mari, et aussi du veuvage, qui les rend plus vulnérables sur les plans économiques et sociaux.
Blandine Bila a reçu le soutien de Sidaction pour terminer sa thèse au Centre de recherche cultures, santé et sociétés (CReCSS) de l’Université Aix-Marseille III.
 

Claire Magone et Veronica Noseda pour Sidaction, Casablanca, 30 mars 2010, 5e Conférence francophone sur le VIH/sida

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