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Paroles de chercheursInterview du Pr. Yves Lévy, Président du Comité Scientifique et Médical de Sidaction, Octobre 2007Pr. Yves Lévy, nous avons parfois l’impression que la recherche autour du sida stagne. Les chercheurs seraient-ils dans une impasse ? Non, en matière de recherche sur le VIH/sida, nous sommes sur un travail à long terme. Il y a quelques semaines, nous avons pu lire dans les journaux, l'arrêt d'un essai clinique de phase II, donc très avancé, qui portait sur un vaccin préventif des laboratoires Merck. Ce vaccin initialement prometteur s'est avéré inefficace. Cela peut en effet apparaître comme un échec. Cependant il y a plus de 20 essais vaccinaux actuellement en cours dans le monde et nous savons que, bien que tous soient prometteurs, seuls quelques-uns, un seul peut être, seront couronnés de succès, et nous devons vérifier toutes les pistes. Le fait de savoir que certaines ne fonctionnent pas nous permet d'avancer vers une meilleure solution. Il est important de poursuivre les travaux pour comprendre les failles de cette préparation, nous pourrons ainsi en tenir compte dans les recherches en cours. Mais aujourd'hui en France meurt-on toujours du sida ? Malheureusement oui ! Voici un exemple pour expliquer la situation : récemment un jeune de 19 ans s'est présenté dans mon service à l'hôpital Henri Mondor de Créteil, à un stade de sida déclaré. Contaminé depuis déjà plusieurs années, il n'avait aucune notion de prévention et ne savait pas ce qu' « avoir le sida » signifiait. Il est aujourd'hui à un stade très avancé avec un pronostique vital réservé, alors qu'il existe des traitements efficaces qui, pris au bon moment auraient freiné la progression de l'infection. Cet exemple, qui malheureusement ne reflète pas un cas isolé, souligne l'importance de remédier au dépistage tardif des personnes séropositives. La prévention et le dépistage précoce sont des enjeux prioritaires pour diminuer le nombre de morts liés au sida. Dépisté plus tôt ce jeune homme aurait pu recevoir un traitement adapté qui lui aurait évité de développer des infections opportunistes. La recherche sur les médicaments se poursuit, mais comment vivent les patients sous multithérapies ? Aujourd'hui nous avons des médicaments qui marchent à conditions qu'ils soient pris à temps et très régulièrement. Les traitements sont plus efficaces, moins contraignants et les personnes prises en charge vivent mieux qu'il y a 10 ans. Ceci est le résultat de 25 années de recherche contre le sida. Cependant ces recherches doivent se poursuivre, nous n'en sommes qu'au début de l'histoire entre nous et l'épidémie. Aujourd'hui j'apprends avec mes patients ce qu'est la vie sous multithérapies depuis 10 ans, ou avec 25 ans de séropositivité. J'apprends avec eux comment améliorer leur qualité de vie. Bien que des traitements existent, de nombreux progrès restent à faire quant aux effets indésirables. De plus la survenue de résistances devient un problème majeur. La recherche sur les médicaments heureusement avance, mais doit se poursuivre, parce que nous n'en avons pas fini avec le VIH. Si la recherche doit se poursuivre encore de longues années en avons-nous les moyens ? Aujourd'hui en France, ceux qui mènent la recherche contre le sida sont ceux qui étaient déjà présents au début de l'épidémie dans les années 80. Nous avons besoin de renouveler le vivier des chercheurs et pour cela il faut encourager les jeunes chercheurs à s'orienter vers la thématique sida. Cette recherche passionnante, multidisciplinaire demande des moyens afin de travailler dans des bonnes conditions. Pour cela, Sidaction a toujours besoin d'argent, pour que la recherche sur le sida reste innovante et de haut niveau, donc attractive. |
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