En direct de la CROI 2016 : Où en est la recherche sur les traitements antirétroviraux ?

Lors de la session plénière du mardi 23 février à la CROI, Joseph Eron (University of North Carolina at Chaptel Hill, Etat Unis) a présenté l’actualité du traitement antirétroviral (ARV).
Publié le 26.02.2016.

Les objectifs du traitement, pour les personnes vivant avec le VIH, sont aujourd’hui multiples. Il s’agit de permettre aux patients de rester en bonne santé en bloquant la réplication virale, minimiser les effets indésirables des ARV, avoir des thérapies accessibles pour toutes les personnes vivant avec le VIH et prévenir l’infection en rendant la charge virale indétectable1 dans l’organisme des personnes infectées. Joseph Eron a rappelé que le traitement ARV était un succès, il diminue la charge virale jusqu’à la rendre indétectable. Et que ce dernier avait déjà connu plusieurs révolutions, l’avènement des multithérapies étant la plus marquante, et par exemple, l’arrivée de nouvelles classes avec les inhibiteurs d’intégrase2 en 2007. Nonobstant ce contexte, la recherche de traitement est toujours prioritaire.

Beaucoup de progrès attendus. Les objectifs fixés par l’Onusida pour 2020, sont : 90 % des personnes vivant avec le VIH diagnostiquées, 90 % de ces 90 % sous traitement et 90 % des personnes sous traitement avec une charge virale indétectable (objectif 90-90-90)3 . Les cascades de soin présentées depuis quelques années, montrent que beaucoup d’efforts restent à faire. Une ambition qui demande des innovations pour mettre les personnes sous traitement le plus tôt possible après le début de l’infection, puis pour le maintien dans les soins.

Des médicaments pris toute la vie. La réduction de la toxicité à long terme reste un enjeu majeur. Ainsi, comme l’a développé Joel Gallant dans une session orale à la CROI4 , l’utilisation dans le cadre d’études, de la nouvelle molécule nommée TAF (ténofovir alafenamide fumarate), qui est une prodrogue du ténofovir, montre moins de toxicité osseuse que le ténofovir DF (disoproxil fumarate) ordinairement utilisé5 . Les prodrogues sont des produits pharmaceutiques qui se convertissent en leur forme active lorsqu'ils sont métabolisés, à l'intérieur de l'organisme. Le TAF se prend par voie orale et se convertit en ténofovir lorsqu’il est absorbé par les cellules du système immunitaire. Ainsi, il suffit de doses faibles pour exercer le même effet que le ténofovir DF.

Nouvelles molécules et nouvelles voies d’administration. Dans le cas du traitement contre le VIH, l’apparition continuelle de résistances aux ARV force le développement de nouveaux produits. Plusieurs sont en phase clinique de développement et font l’objet de présentations à la CROI (voir tableau 1). Joseph Eron a souligné l’importance du développement de nouvelles formulations, libérant les patients de la contrainte de prise quotidienne de comprimés. Pour cela, les molécules injectables à longue durée d’action (LA), nourrissent beaucoup d’espoir. Les deux drogues actuellement en cours d’études sont la rilpivirine, un inhibiteur non-nucléosidique de la transcriptase inverse, sous forme injectable (nommée TMC 278) et l’inhibiteur d’intégrase Cabotegravir (GSK 744). Dans l’étude LATTE-2, présentée à la CROI par David A. Margolis6 , les deux LA sont associées pour la première fois et démontrent une capacité à maintenir la charge virale indétectable.


Enfin, l’injection d’anticorps neutralisants à large spectre est en cours d’études. Les résultats présentés à la CROI par Katharine Bar avec l’anticorps VRC017 , montrent que son administration est bien tolérée, mais qu’elle ne permet pas, à l’arrêt des ARV, un maintien- d’une charge virale indétectable. Le champ de l’utilisation des anticorps dans les traitements en est à ses débuts, d’autres études sont à venir.

Des outils innovants. Joseph Eron a conclu sa présentation en ouvrant sur des perspectives innovantes pour l’administration de molécules. Il a présenté deux types d’implants qui pourraient contenir des ARV, l’un étant autodégradable dans l’organisme, l’autre étant à enlever. L’avantage de ces outils, par rapport aux LA injectables, est notamment de donner la possibilité d’être retiré (et modifié, si besoin), contrairement à une drogue qui a été injectée dans l’organisme. 

Pour atteindre les objectifs de l’Onusida et aller vers un traitement plus facile à prendre, la recherche thérapeutique est en pleine évolution allant vers un allègement, lorsqu’il est possible, et une personnalisation des traitements.

Par Sophie Lhuillier, 24/02/2016

 

Tableau 1. Nouveaux ARV, récemment approuvés ou en phase clinique de développement

Nouvelles molécules   Nouvelles formulations
Inhibiteurs d'intégrase

Dolutegravir (approuvé)

GS-9883 : Darunavir (phase III)

GSK 744 : Cabotégravir (injectable)
Inhibiteurs de la transcriptase inverse

TAF (approuvé)

MK-8591 : EFdA (phase I-II)

Doravirine (phase III)

TMC 278 : Rilpivirine (injectable)
Nouvelles molécules dans des nouvelles "familles" de traitements  
Inhibiteurs de maturation

BMS 955176 (phase II)

 

Inhibiteurs d'attachement BMS 663068 -> 626529 (phase III)
Anticorps monoclonaux à large spectre VRC01 (phase I)

 

1Charge virale : quantité de virus dans le sang, indétectable est ici assimilé à moins de 50 copies par mL de sang
2Zelalem Temesgen et Dawd S Siraj, Raltegravir: first in class HIV integrase inhibitor (review), Therapeutics and Clinical Risk Management 2008:4(2) 493–500
3Onusida : 90-90-90: Une cible ambitieuse de traitement pour aider à mettre fin à l’épidémie du sida http://www.unaids.org/fr/resources/documents/2014/90-90-90; Getting to 90-90-90 Session O-10 Oral Abstracts, CROI 2016
4Switching Tenofovir DF to Ténofovir Alafenamide in Virologically Suppressed Adults, Joel Gallant, Session O-2 abstract 26, CROI 2016
5Mills et al, Lancet Infect Dis 2016
6Cabotegravir+Rilpivirine as Long-Acting Maintenance Therapy: LATTE-2 Week 32 Results David A. Margolis, CROI 2016, 31LB
7ACTG 5340:The Effect of VRC01 on Viral Kinetics After Analytic Treatment Interruption Katharine J. Bar, CROI 2016, 32LB