Le dépistage aux urgences : simple, rapide et efficace

Mené par Judith Leblanc, prix Jeunes Chercheurs Sidaction 2019, ce travail démontre l’intérêt du personnel de santé et des patients consultant en service d’urgences pour le dépistage du VIH
Publié le 10.09.2021.

En 2019, Judith Leblanc recevait le prix Jeune chercheur de Sidaction pour ses travaux sur le dépistage ciblé en service d’urgences réalisé par le personnel infirmier, une modalité de dépistage recommandée par la Haute Autorité de Santé en France depuis 2017. Elle publie ce mois-ci dans le journal Nursing Research un article sur l’acceptabilité de ce type de stratégie par les professionnels de santé et les patients consultant aux urgences.

Ce travail a été mené en Ile-de-France, la région de métropole la plus affectée par l’épidémie à VIH, dans le cadre de l’essai DICI-VIH, un essai visant à comparer l’impact du dépistage ciblé à celui du diagnostic effectué sur symptômes. La stratégie de dépistage étudiée, basée sur la notion de risque – un questionnaire est passé aux patients pour déterminer leur profil de risque (rapports homosexuels ou origine d’un pays de forte prévalence) – a été reconnue comme efficace, mais les conditions de son implémentation et notamment l’avis du personnel infirmier en charge du dépistage, celui des autres professionnels de santé et celui des patients consultant aux urgences n’avaient pas été étudiés jusque-là.

Il ressort de l’étude que le dépistage ciblé est bien accepté par les patients, y compris si le questionnaire permettant de déterminer le profil de risque est passé oralement et non par écrit. Plus de 90% des patients sont en effet satisfaits de la proposition, de la réalisation du test ou encore de la remise du résultat par le personnel infirmier (un taux un peu moindre en cas de résultats positif). Les auteurs notent en outre qu’un tiers de personnes déclarent qu’elles n’auraient pas cherché à être dépistées à d’autres occasions.

Le personnel infirmier estime quant à lui que la proposition et la réalisation du dépistage ressort de ses missions mais se trouve réservé sur la question de la remise du résultat, qu’il soit négatif ou positif. En effet, près de la moitié seulement des personnes interrogées estiment qu’il leur revient de remettre le résultat d’un test. Plus globalement, l’étude montre que si le personnel infirmier est convaincu de l’intérêt et de la démarche, il reste toutefois réservé sur sa mise en place en routine à l’issue de la recherche.

Ces mêmes réserves sont partagées par le personnel hospitalier (personnel soignant ou administratif) qui reconnaît cependant l’importance du dépistage ciblé et son adaptation aux services d’urgences (un service « simple, rapide et efficace » et surtout bien accepté par les patients). De manière globale, le personnel hospitalier interrogé estime que le dépistage doit être adapté aux conditions de travail et flexible, notamment en fonction du rythme de travail et des exigences des services. Il estime aussi que ce type d’intervention suppose une formation spécifique du personnel infirmier mais aussi le soutien des équipes d’encadrement.

Cet article vient compléter l’analyse de cette stratégie de dépistage ciblé aux urgences menée par un personnel infirmier. Les auteurs analysent les limites organisationnelles de cette stratégie perçues par les personnels hospitaliers, tout en encourageant son déploiement en routine à plus large échelle. Ils soulignent notamment que la mission de prévention et de santé publique des services d’urgence gagnerait à être promue, tout comme le rôle du personnel infirmer dans ces domaines.

Pour aller plus loin :

 Leblanc J et al., Acceptability of Nurse-Driven HIV Screening for Key Populations in Emergency Departments. A Mixed-Methods Study, Nursing Research, 2021
 Sur le site de Sidaction : Prix Jeunes Chercheurs Sidaction 2019 : le dépistage avant tout !
 Sur Transversalmag : Dépistage : le personnel infirmier s’engage