Le métabolisme des lymphocytes T au service du VIH ?

Les travaux de deux équipes financées par Sidaction ont permis de démontrer un rôle essentiel des mitochondries et du métabolisme glucidique dans l’infection VIH. La voie métabolique impliquant les mitochondries accroit la susceptibilité des lymphocytes T CD4 au VIH, alors qu’il permet aux lymphocytes T CD8 des contrôleurs de contrer l’infection VIH.
Publié le 19.07.2019.

Les mitochondries sont de petits organites présents dans les cellules dont le rôle est de transformer les nutriments en énergie nécessaire au fonctionnement de la cellule. Les chercheurs se sont intéressés au possible rôle du métabolisme glucidique dans l’infection VIH. Ce mécanisme fait intervenir deux voies : la glycolyse et la phosphorylation oxydative ; qui a lieu dans les mitochondries. Les récents travaux publiés par deux équipes françaises basées à Paris et Montpellier, montrent que ce métabolisme glucidique représente un élément clé dans l’infection VIH.

L’étude menée par l’équipe d’Asier Saez-Cirion, à l’Institut Pasteur, s’est portée sur les lymphocytes T CD8, cellules du système immunitaire capable de détruire les cellules infectées. Alors que chez la plupart des individus infectés ces cellules s’épuisent rapidement à la tâche, elles semblent rester fonctionnelles chez un rare groupe d’individu nommé contrôleurs, qui sont capables de contrôler l’infection sans traitement. L’analyse comparative des profils métaboliques de ces lymphocytes T CD8  avec ceux de personnes ne contrôlant pas l’infection indique que les lymphocytes des contrôleurs sont capables d’utiliser une source diversifiée de métabolites pour leur fonctionnement et pour combattre le virus de manière efficace. Ici les mitochondries ont un rôle bénéfique pour les lymphocytes T CD8 des contrôleurs, les cellules dépendant d’elles pour alimenter leur réponse antivirale et augmenter leur capacité de survie et leurs fonctions effectrices.

L’équipe du Dr Naomi Taylor, à l’Institut de Génétique Moléculaire de Montpellier, s’est intéressée à déterminer la contribution du glucose et de la glutamine, nutriments utilisés comme source d’énergie, dans la susceptibilité des lymphocytes T CD4 au virus VIH. Les expériences menées ont montré que la métabolisation de la glutamine est le facteur principal régulant la prolifération des lymphocytes T CD4 et les premières étapes de l’infection. Plus précisément, un profil métabolique favorisant l’activité mitochondriale et la phosphorylation oxydative résulte en une augmentation de la susceptibilité des lymphocytes T CD4 à l’infection. Ces deux études démontrent l’implication du métabolisme glucidique dans l’infection VIH et plus particulièrement le rôle antagoniste des mitochondries dans le contrôle de l’infection. Ces découvertes apportent de nouveaux éléments dans notre compréhension de l’infection par le VIH.