DONNEES EPIDEMIOLOGIQUES VIH/SIDA FRANCE - 2014

Le sida en France : une épidémie bien réelle

Comme chaque année à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, l’Institut de veille sanitaire (InVS) a publié, le 23 novembre 2015, des données épidémiologiques actualisées pour l’infection à VIH en 2014. Elles témoignent hélas une nouvelle fois de la vivacité de l’épidémie de VIH/sida en France. Le résumé en trois points clés de ce que reflètent ces nouvelles données.

  • Une épidémie toujours très active

6600 personnes ont encore découvert leur séropositivité en 2014. Un nombre similaire à l’année 2007. Selon l’InVS, c’est la preuve irréfutable que « la dynamique du VIH est toujours très active » dans l’Hexagone. En outre, l’épidémiologiste Françoise Cazein a souligné que « l’absence d’augmentation significative devra être confirmée », en raison du manque de recul sur les données 2014. Autre point négatif, les diagnostics précoces (à plus de 500 CD4/mm3), qui augmentaient en 2013, ont cessé leur progression et stagnent à 39%, tandis que les diagnostics tardifs (à moins de 200 CD4/mm3) ont aussi cessé de diminuer et restent à 26%. Un constat inquiétant quand on sait que plus l’infection à VIH est détectée tôt, mieux elle peut être soignée.

Parmi les personnes ayant découvert leur séropositivité en 2014 :

- 56% sont des hétérosexuels (dont 39% nés à l’étranger, principalement en Afrique subsaharienne et 17% en France) ;
- 42% sont des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes ;
- 1% sont des usagers de drogue.

Malgré le constat d’une banalisation du VIH/sida et des stratégies de prévention ciblées, les  jeunes continuent d’être autant concernés qu’en 2013 : 11% des personnes ayant découvert leur séropositivité ont entre 15 et 24 ans. Les seniors le sont quant à eux davantage, puisque 20% d’entre elles ont 50 ans ou plus contre 17% en 2013.

Les régions les plus touchées restent cette année encore l’Ile-de-France à 44% et les départements d’outre-mer à 8%. La région PACA est la 2e région de France métropolitaine la plus touchée par l’épidémie avec un taux de découverte de séropositivité de 109 par million d’habitants en 2014.

  • Les jeunes homosexuels et bisexuels de plus en plus touchés

2800 hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ont découvert leur séropositivité en 2014. Ce nombre ne cesse d’augmenter régulièrement depuis 2003, et encore plus rapidement depuis 2011. Cette hausse est fulgurante chez les jeunes entre 15 et 24 ans, pour qui le nombre de découvertes de séropositivité a plus que doublé (x2,4) en onze ans. Dans cette tranche d’âge, l’incidence a également augmenté entre 2004 et 2012, et elle reste « très élevée et ne diminue pas sur les années récentes » dans cette population de manière générale.

Trois autres points alarmants sont soulevés par ces nouvelles données :

- Le nombre de nouvelles contaminations est chaque année supérieur au nombre de découvertes de séropositivité, ce qui révèle une absence de dépistage ;
- La progression des autres infections sexuellement transmissibles (IST), telles que les syphilis ou les gonococcies, se poursuit de manière exponentielle ;
- Les constats de la surveillance comportementale témoignent d’une augmentation des comportements à risque (source : enquêtes Presse Gays et Lesbiennes 2004 et 2011).

  • Un défaut flagrant de dépistage

5,3 millions de tests de dépistage au VIH ont été réalisées en 2014 dans les laboratoires d’analyse médicale. Après avoir augmenté en 2011 « sous l’effet du plan national 2010-2014 de lutte contre le VIH et les IST » comme l’analyse Françoise Cazein, l’activité de dépistage marque un temps d’arrêt depuis trois ans. Les recommandations du plan « semblent donc avoir été peu appliquées par les professionnels de santé » : « le dépistage généralisé du VIH montre ses limites », souligne l’InVS.

7% de ces dépistages ont été fait dans le cadre d’une consultation de dépistage anonyme et gratuit (en Ciddist ou CDAG).

Même s’il a progressivement augmenté, le nombre de tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) reste malheureusement « marginal » (61 600 en 2014) selon l’InVS. L’institut précise qu’en 2014, « 500 TROD se sont avérés positifs, essentiellement chez des hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes et des migrants, dont environ 450 correspondaient à des découvertes de séropositivité ».

Enfin, l’incidence du VIH reflète bien les progrès qu’il sera indispensable de fournir en matière de prévention. Le nombre de nouvelles contaminations étant en effet supérieures à celui des découvertes de séropositivité, Françoise Cazein affirme que « en continuant comme cela, le nombre de gens qui ignorent leur séropositivité va augmenter ».


Source : InVS, publiées le 23 novembre 2015.