Vieillir avec le VIH : de nouveaux défis !

Le nombre de personnes de plus de 50 ans vivant avec le VIH ne cesse d’augmenter. En effet, depuis l’arrivée des trithérapies en 1996, leur espérance de vie s’est allongée. Vieillissement prématuré, risques sociaux, isolement, perte de revenus… représentent de nouveaux défis, tant médicaux que sociaux.

Les traitements à long terme : de lourdes conséquences


Au plan médical, 92 % des personnes séropositives dépistées en France font l’objet d’une prise en charge médicale et beaucoup voient leur charge virale contrôlée et le taux de lymphocytes T CD4 restauré. Mais l’infection persiste et le système immunitaire demeure actif en permanence. Les patients subissent alors une inflammation chronique qui épuise progressivement leur organisme avec une prise de traitements à vie qui n’est pas sans conséquences.

Ainsi, les répercussions croisées du VIH, des antirétroviraux et des facteurs de risques associés entraînent un risque accru de maladies cardiovasculaires, de cancers, d’ostéoporose, de diabète et de troubles cognitifs. Les chercheurs doivent poursuivre leurs travaux pour mieux comprendre ces complications et ce que certains décrivent comme un « vieillissement accéléré » des personnes vivant avec le VIH.

La nécessité d’une prise en charge adaptée

La prévention et la prise en charge doivent évoluer, mais des obstacles se font jour. D’une part, les référents hospitaliers VIH des patients ne sont pas  nécessairement spécialistes des maladies liées à l’âge, et inversement, les autres praticiens ne connaissent pas nécessairement le VIH. Et la communication semble parfois malaisée…

Ces difficultés sont aggravées par l’absence de solutions d’hébergement adaptées. Seule une centaine de personnes séropositives dépendantes, âgées de plus de 60 ans, sont hébergées en Ehpad (Etablissement d'hébergement pour personnes agées dépendantes).

Les places en maison d’accueil spécialisé (MAS) sont encore trop rares et beaucoup de patients ne souhaitent pas aller en maison de retraite, par peur de la stigmatisation et par manque d’argent. Près de 79 % des personnes séropositives de plus de 50 ans connaissent des problèmes financiers, beaucoup ont vu leur vie professionnelle impactée par le VIH.

La Haute Autorité de Santé (HAS), saisie en juillet 2014 par des associations de lutte contre le sida, travaille à l’élaboration de recommandations d’ici à juin 2015, avec les médecins et les associations, pour l’optimisation du parcours de soin des personnes séropositives vieillissantes.

En attendant des réponses adaptées, les associations tentent, de plus en plus difficilement dans un contexte de restrictions budgétaires, de répondre aux besoins des personnes séropositives vieillissantes. Votre soutien sera déterminant pour accompagner ces malades, souvent en situation de grande précarité.

 

Des complications plus fréquentes et plus précoces que dans la population générale

Des enquêtes réalisées auprès de différents groupes de taille différente, en France ou aux Etats Unis, attirent l’attention sur les points suivants :

  • Les personnes séropositives de 55 ans présentent 3 fois plus de pathologies associées que les personnes séronégatives de plus de 70 ans.
  • 19 % des personnes vivant avec le VIH de plus de 50 ans sont également atteintes d’une hépatite C.
  • Le risque de maladies cardiovasculaires est plus élevé chez les personnes séropositives de plus de 50 ans que chez les personnes séronégatives du même âge.

Sur les 150 000 personnes vivant avec le VIH dans notre pays, plus de 35 % ont plus de 50 ans. En 2013, sur les 6 200 découvertes de séropositivité, 17 % concernaient des personnes âgées de 50 ans et plus. Vivre depuis des années avec le virus ou se contaminer tardivement soulève de nouvelles questions médicales et sociales que les pouvoirs publics ne semblent pas avoir anticipées.

 

 

Entretien avec Anne Guérin, directrice de la MAS Francis de Pressensé

 

La Maison d’accueil spécialisé (MAS) Francis de Pressensé, située près de Paris, héberge parmi ses résidents des personnes vivant avec le VIH en situation de dépendance. Anne Guérin, la directrice de l’établissement, dresse un état des lieux des besoins et des difficultés actuelles.

Quelles sont les difficultés des personnes vieillissant avec le VIH ?
Dans notre établissement, sur 60 résidents, 20 sont des personnes vivant avec le VIH. Elles présentent des troubles neurologiques et neuropsychiatriques, notamment liés au VIH, qui induisent un vieillissement prématuré. Elles sont aussi confrontées à des pathologies associées comme le diabète, le cholestérol, voire des cancers.

Pourquoi trouvent-elles si peu de places en établissements ?
D’une part, il existe par fois une crainte des familles de voir un proche accueilli avec des personnes séropositives. Notre mission est alors d’informer sur le VIH pour rassurer. En maison de retraite, les discriminations sont souvent fortes, et encore aujourd’hui notamment de la part des professionnels souvent insuffisamment formés sur ce sujet. D’autre part, le coût des antirétroviraux, qui sont à la charge des MAS, peut représenter un obstacle.

Quelles seraient les solutions ?
Il est essentiel de former au VIH les professionnels des établissements susceptibles d’accueillir des personnes séropositives vieillissantes.
En raison du manque de place, des malades restent des années en hôpital, passant de services en services. Il faut absolument ouvrir d’autres établissements. Les besoins sont croissants, alors que les financements sont décroissants.

Le nombre de places pour accueillir des personnes vivant avec le VIH dépendantes est largement insuffisant alors que les besoins augmentent constamment…