vih CROI 2026 : les dernières actualités de la recherche sur le VIH

25.02.26
Simon Fretel
1 min
Visuel CROI 2026 : les dernières actualités de la recherche sur le VIH

La 33ème édition de la Conférence scientifique sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) s’est tenu du 22 au 25 février 2026 à Denver, aux États-Unis. Toutes nos brèves.

 
 
 Vue de Denver (Etats-Unis) – CC BY-SA 4.0 – R0uge
  • Lundi 23 février, lors d’une session sur les réponses stratégiques et résilientes à la crise du financement en Afrique (« Strategic and resilient responses to the funding crisis accross Africa »), différents experts alertent sur la situation actuelle dans les pays les plus touchés par l’épidémie suite aux décisions américaines.

    Depuis début 2025, les programmes de lutte contre le VIH en Afrique font face à une crise majeure liée à des changements de priorités et à une baisse rapide des financements internationaux, notamment américains. En effet l’administration Trump a décidé en début d’année de clore sans transition les programmes de financement PEPFAR et USAID. De nombreux dispositifs, jusque-là considérés comme efficaces et bien établis, ont été fragilisés par ces décisions.

    La nouvelle stratégie américaine en matière de santé mondiale prévoit un retrait de la majorité des financements dans les pays africains les plus touchés par l’épidémie. Les financements restants concernent uniquement les traitements et le personnel de première ligne, au détriment de la gestion, de la distribution et du maintien des systèmes de santé. Cette réorientation complique la continuité des services, en particulier pour la prévention.

    Sur le terrain, les premiers impacts concernent la réduction de l’accès aux préservatifs et à la PrEP pour les populations les plus exposées. Or, de nombreux modèles scientifiques montrent qu’un affaiblissement des efforts de prévention pourrait entraîner un rebond épidémique. Les programmes destinés aux populations clés avaient permis une diminution constante des nouvelles infections, mais les coupes budgétaires menacent cette dynamique.

    Les conséquences ne sont pas seulement financières. Dans plusieurs pays d’Afrique australe et de l’Est, largement dépendants des financements américains, des perturbations ont affecté la délivrance des services, la communication des résultats médicaux et la confiance des patients envers le système de santé. Les organisations communautaires rapportent que la prévention est souvent le premier maillon à céder lors des crises.

    La recherche biomédicale est également touchée. Les restrictions budgétaires et administratives ont entraîné l’arrêt ou le retard de nombreux projets financés par les États-Unis, qui soutiennent une grande partie de la recherche médicale en Afrique, notamment sur le VIH et la tuberculose. Des essais cliniques ont été perturbés, des équipes réduites, et des formations compromises. Selon des chercheurs, il est difficile de produire une science de qualité lorsque les systèmes de soins eux-mêmes sont fragilisés.

    Si certains financements ont depuis été partiellement rétablis, l’ensemble du secteur reste marqué par l’incertitude. Les experts alertent sur le risque de coupes trop rapides et trop importantes, susceptibles de compromettre les progrès réalisés depuis deux décennies. Maintenir les efforts de prévention et garantir la stabilité des systèmes de santé apparaissent comme des priorités pour éviter un recul durable dans la lutte contre le VIH en Afrique. Si le retrait des financement menace aujourd’hui la lutte contre le VIH, les acteurs concernés expriment tous le besoin de s’adapter rapidement mais surtout revoir le fonctionnement des programmes de santé pour que les pays puisse garder la souveraineté des financements et ne plus jamais se retrouvés dans la situation actuelle.

  • Au deuxième jour de la CROI 2026, le Pr Jean-Michel Molina, professeur de médecine et chef du service de maladies infectieuses et tropicales de l’Hôpital Saint-Louis (AP-HP, Paris) a présenté les résultats finaux de la cohorte ANRS Prévenir.

    L’étude ANRS PREVENIR, soutenue par Sidaction, est une cohorte menée pendant plus de huit ans en région parisienne auprès de personnes à haut risque d’infection par le VIH, majoritairement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) nés en France, visant à prévenir les nouvelles infections par le VIH grâce à l’utilisation de la prophylaxie pré-exposition (PrEP). Un des un objectif de l’étude était de contribuer à une réduction générale de 15 % des cas de VIH en région parisienne. Les participants pouvaient utiliser une PrEP orale en prise quotidienne ou à la demande, avec possibilité de changer de schéma au cours du suivi.

    Plus de treize mille participants ont été inclus et suivis sur plusieurs années. Une proportion importante d’utilisateurs de la PrEP à la demande ont changé pour la prise quotidienne durant l’étude. Le taux de maintien dans l’étude est resté élevé, avec moins d’arrêts chez les personnes ayant alterné entre les deux schémas.

    L’incidence du VIH est restée très faible dans l’ensemble de la cohorte, sans différence significative entre la prise quotidienne et la prise à la demande. Les rares cas observés sont survenus majoritairement dans un contexte d’arrêt ou de mauvaise observance. A noter, en Île-de-France, l‘incidence n’a baissé que de 2 % – alors que le nombre d’utilisateurs de PrEP dans la région a fortement augmenté.

    Le taux d’abandon de l’étude était plus faible chez les participants ayant changé de schéma PrEP, passant d’une prise à la demande à une prise quotidienne.

  • Au deuxième jour de la CROI 2026, plusieurs présentation, portant sur les dernières données des essais PURPOSE, confirment l’efficacité du lénacapavir en usage PrEP.

    Les essais cliniques de phase 3 PURPOSE 1 et PURPOSE 2 visent à évaluer l’efficacité du lénacapavir (LEN), un traitement injectable administré deux fois par an pour prévenir l’infection par le VIH.

    Commencé en 2021, PURPOSE 1 a été mené auprès de 5 338 femmes cisgenres de 16 à 25 ans sur 25 sites en Afrique du Sud et sur 3 sites en Ouganda. PURPOSE 2 a inclus, dans sept pays (dont l’Argentine, le Brésil, les États-Unis et l’Afrique du Sud), 3 265 participants – des hommes cisgenres et des personnes de genre divers ayant des relations sexuelles avec des hommes.

    Les premières analyses avaient montré une protection très élevée avec le lénacapavir, avec 100 % de protection pour PURPOSE 1 deux ans après le début de l’essai.

    Aujourd’hui, dans les deux essais, cinq cas d’infections ont été rapportés chez des personnes ayant reçu le lénacapavir (2 infections dans l’essai PURPOSE 1, 3 dans l’essai PURPOSE 2). Les réactions au point d’injection ont été fréquentes mais le plus souvent légères, et les arrêts de traitement sont restés rares. Les analyses de résistance montrent que les mutations associées au lénacapavir sont restées exceptionnelles.

    Les rares infections survenues sous lénacapavir s’expliquent par des situations particulières typiques des monothérapies : retard ou arrêt des injections, infection probablement acquise avant le début effectif du traitement, ou apparition d’une mutation de résistance. D’autres analyses sont en cours pour déterminer les facteurs d’échecs thérapeutique.

    Ces situations restent peu fréquentes au regard du nombre total de participants inclus dans les essais. Les données consolidées des essais PURPOSE 1 et 2 confirment que le lénacapavir injectable deux fois par an offre une protection élevée contre le VIH, avec un bon profil de tolérance et un très faible nombre de résistances.

    Cette stratégie longue durée représente une option efficace et adaptée à des besoins variés. Le lénacapavir apparaît ainsi comme un outil solide et pleinement fonctionnel dans la prévention du VIH.

  • Mardi 24 février, une session s’est particulièrement penchée sur les avancées récentes de la recherche sur les réservoirs du VIH et sur les stratégies visant la guérison et la rémission. Les équipes de recherche explorent de nouvelles approches pour réactiver le virus latent, renforcer la réponse immunitaire et réduire durablement la persistance virale.

    Certaines cellules infectées restent invisibles malgré la réactivation du VIH

    Une étude présentée lors de cette session montre que chez les personnes vivant avec le VIH sous traitement, certaines cellules réactivées produisent des protéines virales internes mais n’expriment pas correctement la protéine d’enveloppe à leur surface. Or cette protéine est essentielle pour que le système immunitaire puisse reconnaître et éliminer les cellules infectées. Les chercheurs ont identifié un blocage survenant avant la production de cette protéine, possiblement lié à un défaut dans le traitement de l’ARN viral. Ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi certaines stratégies visant à réactiver le virus ne suffisent pas à exposer les cellules infectées au système immunitaire.

    A Posttranscriptional Block Limits HIV Env Expression in Reactivated Cells From PWH on ART – Jonathan Richard, Centre de Recherche du CHUM, Montreal, Canada

    Essai RIO

    Les derniers résultats de l’essai RIO ont également été présentés lors de cette session. Cette essai évalue deux anticorps neutralisants administrés avant un arrêt du traitement. Lors d’un second arrêt thérapeutique, environ la moitié des participants ont présenté un rebond viral retardé et moins intense que lors du premier arrêt. Même lorsque les niveaux d’anticorps avaient diminué, certains participants gardaient un meilleur contrôle du virus. D’autres ont connu un rebond rapide similaire au groupe contrôle. Ces résultats suggèrent qu’un traitement par anticorps pourrait modifier durablement l’équilibre entre le virus et le système immunitaire.

    Altered Viral Kinetics at ATI After Dual LS-bNAbs Plus ART: A Preliminary Analysis of RIO Arm B – Julia Edgar, University of Oxford, Oxford, UK

    Certaines défenses immunitaires spécifiques permettent le contrôle du VIH après injection de bNAbs

    Une étude présentée dans la session décrit trois personnes ayant contrôlé le VIH sans traitement pendant plusieurs années après avoir reçu des anticorps neutralisants. Toutes présentaient encore un réservoir viral détectable, mais disposaient d’anticorps très puissants et de cellules CD8 capables de réagir rapidement au virus. Les résultats suggèrent qu’un contrôle durable nécessite des réponses immunitaires multiples, spécifiques et robustes.

    Autologous Neutralising Antibodies and Effective CD8 T Cells Maintain HIV Postintervention Control – Katie Fisher, Aarhus University, Aarhus, Denmark

    Les cellules CD4 spécifiques de bactéries contribuent à la persistance du VIH pendant le traitement

    Autre avancée présentée lors de cette session portait sur les réservoirs du VIH : les chercheurs ont identifié un nouveau type de réservoir viral : des cellules immunitaires ciblant les bactéries intestinales. Ces cellules, régulièrement stimulées par les bactéries du microbiote, semblent favoriser la survie et la multiplication clonale du virus intégré. Cette découverte éclaire un mécanisme supplémentaire expliquant la persistance du virus malgré le traitement.

    Bacteria-Specific CD4+ T Cells Contribute to HIV Persistence During ART – Armando Espinosa Ortiz, Université de Montréal, Montreal, Canada

    Une nouvelle stratégie immunitaire réduit le réservoir viral dans un modèle animal

    Une nouvelle molécule, conçue pour activer spécifiquement les cellules CD4 sans stimuler excessivement d’autres cellules immunitaires, a été testée en association avec un anticorps neutralisant dans un modèle animal. Cette stratégie, présentée dans cette session, a permis de réactiver le virus latent, de réduire le réservoir viral et de retarder le rebond après arrêt du traitement. Certains animaux ont maintenu un contrôle prolongé du virus. Ces résultats soutiennent le développement de combinaisons visant à activer puis éliminer les cellules infectées.

    CD4-Targeted IL-15 Enhanced bNAb Activity and Improved SHIV Control After Treatment Interruption – Jeffrey Murry, Gilead Sciences, Inc, Foster City, CA, USA

    Les cellules infectées par le VIH évoluent pour survivre plus longtemps

    Une étude présentée lors de la session a analysé les mutations accumulées dans des clones de cellules infectées constituant le réservoir. Les cellules contenant le VIH présentaient davantage de mutations affectant des gènes liés à la survie cellulaire, à la réparation de l’ADN et à la sénescence. Ces modifications pourraient donner un avantage aux cellules infectées, leur permettant de persister pendant des années sous traitement. L’évolution des cellules infectées jouerais donc un rôle actif dans le maintien du réservoir viral.

    Decoding the Somatic Mutation Landscape in Persisting HIV-1-Infected CD4+ T Clones – Marie Armani-Tourret, Ragon Institute of MGH, MIT and Harvard, Cambridge, MA, USA

    Une thérapie à ARN messager pour réveiller le VIH latent dans l’organisme

    Des chercheurs ont développé une thérapie génique utilisant des nanoparticules pour délivrer un ARN messager capable d’activer le VIH latent directement dans l’organisme. Testée chez des modèles animaux, cette approche, présentée lors de la session, a provoqué une réactivation mesurable du virus sous traitement, sans toxicité majeure. Il s’agit de la première démonstration d’une réactivation ciblée du virus latent in vivo par thérapie à ARN, ouvrant de nouvelles pistes pour les stratégies de guérison.

    Ibalizumab-Targeted Delivery of Tat mRNA Transactivates Provirus Expression In Vivo – Edward F. Kreider, University of Pennsylvania, Philadelphia, PA, USA

    Stimuler le système immunitaire pour contrôler le VIH sans traitement continu

    Cet essai présentée lors de la session a évalué deux anticorps administrés lors d’un arrêt du traitement antirétroviral. Environ un quart des participants recevant la combinaison à faible dose ont maintenu une charge virale basse après plusieurs semaines sans traitement. Toutefois, tous les participants ont connu un rebond viral à un moment donné. Le traitement a été globalement bien toléré. Bien que le développement de cette combinaison ait été arrêté, les résultats soutiennent la poursuite de stratégies visant à renforcer la réponse immunitaire pour obtenir un contrôle du VIH sans traitement continu.

    Immune-Mediated Viral Control With Budigalimab ± Trosunilimab: First Results of Phase II Global RCT – Ana Gabriela Pires Dos Santos, AbbVie, Inc, North Chicago, IL, USA

  • Mardi 24 février, la session «Compter et prendre soin des personnes transgenres et de genre divers», modérée par le Pr Jade Ghosn, infectiologue à l’hôpital Bichat (Paris), a été organisée pour présenter l’état des lieux des enjeux concernant la santé des personnes trans et pour rappeler qu’elles présentent une prévalence du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles plus élevée que la population générale.

    Cette situation est associée à des déterminants structurels : stigmatisation, discriminations, violences, exclusion sociale et obstacles juridiques. Les femmes trans rapportent des niveaux élevés de harcèlement et d’exclusion des services de santé. L’accès insuffisant au dépistage, à la PrEP et aux soins affirmant le genre contribue au maintien des inégalités de santé. Les données montrent des différences claires entre les hommes gays cisgenres et les femmes trans en matière de charge du VIH et de besoins de prévention.

    Le contexte politique récent a entraîné une restriction de certains droits et une réduction de l’accès aux soins pour les personnes trans dans plusieurs pays. Des politiques limitent la reconnaissance légale du genre et compliquent l’accès aux services de santé. Des coupes budgétaires internationales ont affecté des programmes VIH destinés aux populations trans, entraînant une diminution des activités de prévention, de dépistage et d’accompagnement. La réduction des financements fragilise la continuité des soins et la cascade de prise en charge du VIH.

    Pendant cette session, Rena Janamnuaysook, de l’Institute of HIV Research and Innovation (Bangkok, Thaïlande), a présenté la Tangerine Clinic en Thaïlande, un exemple de modèle intégré dirigé par des personnes trans. La clinique propose des services de santé sexuelle, de santé mentale et de soins d’affirmation de genre. Entre 2015 et 2024, 7 331 personnes ont été suivies. Parmi elles, 88 % ont réalisé un test VIH. 8% ont été diagnostiquées positives ; parmi elles 95 % ont été mises sous traitement antirétroviral et presque toutes ont aujourd’hui une charge virale indétectable. Parmi les personnes séronégatives passées par la clinique, 38 % ont commencé un schéma PrEP. Une diminution de la prévalence du VIH a été observée chez les femmes trans suivies dans la clinique. Plus de la moitié des patientes ont atteint des concentrations hormonales adéquates après ajustement du traitement. En 2025, des coupes de financements américains ont entraîné une baisse de la fréquentation, du nombre de tests VIH et des mises sous traitement. La clinique a réussi à se maintenir malgré l’arrêt brutal de l’USAID et continue son travail de prise en charge.

    Les données montrent que la prise en charge adaptée des personnes trans, incluant l’accès aux soins affirmant le genre, à la prévention et au traitement du VIH, améliore les résultats de santé et réduit les inégalités. Les restrictions juridiques, les politiques anti-trans et les réductions de financements fragilisent ces avancées et menacent l’accès aux soins. Maintenir et intégrer durablement ces services dans les systèmes de santé est nécessaire pour préserver les progrès réalisés dans la lutte contre le VIH.

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