Fin février 2026, le Kenya a annoncé avoir reçu un premier lot de doses de lénacapavir, un traitement préventif contre le VIH particulièrement prometteur. Une étape majeure pour la prévention, alors que l’épidémie demeure très active en Afrique subsaharienne.
« Le Kenya a reçu une première livraison de 21 000 doses initiales de lénacapavir », a indiqué le ministère kényan de la Santé dans un communiqué daté du 17 février 2026. Financée par le Fonds mondial de lutte contre le sida dans le cadre d’un accord négocié avec le laboratoire américain Gilead Sciences, cette livraison « représente une étape importante dans l’élargissement de l’accès aux technologies de prévention du VIH de nouvelle génération dans toute la région », souligne l’autorité sanitaire, qui évoque une « nouvelle ère » dans la lutte contre le VIH.
Selon le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA), les efforts mondiaux coordonnés ont permis de réduire de 40 % les nouvelles infections depuis 2010. Pour autant, 1,3 million de personnes ont encore été nouvellement infectées en 2024. À elle seule, l’Afrique subsaharienne concentre près de 50 % de ces nouvelles contaminations. Les femmes et les filles y sont particulièrement exposées : elles représentent 63 % des nouvelles infections, avec environ 3 300 adolescentes et jeunes femmes de 15 à 24 ans contaminées chaque semaine. Dans ce contexte, l’introduction du lénacapavir au Kenya suscite de grands espoirs.
Une efficacité inédite en PrEP
Le lénacapavir est le premier représentant d’une nouvelle classe d’antirétroviraux, les inhibiteurs de la capside, qui bloquent la réplication du VIH en empêchant la formation d’une capside (la structure qui entoure le génome) fonctionnelle.
Il a montré une efficacité spectaculaire quand il est utilisé en PrEP (prophylaxie pré-exposition). La PrEP classique, sous forme de comprimés combinant deux antirétroviraux (ténofovir et emtricitabine) protège « seulement » à 90-95 % contre les infections, quand elle est correctement prise. Or, dans une étude menée auprès d’une étude auprès de 5 338 adolescentes et femmes vivant en Afrique du Sud et en Ouganda, le lénacapavir a conféré lui, une protection… de 100 %. Autre atout majeur : alors que la PrEP orale nécessite une prise quotidienne ou très régulière, le lénacapavir s’administre par injection sous-cutanée tous les six mois. Ce schéma semestriel limite les risques d’oubli et réduit la stigmatisation liée à la prise visible d’un traitement.
Ces résultats ont conduit Organisation mondiale de la Santé à recommander, dès juillet 2025, le lénacapavir comme « option supplémentaire de PrEP ». Quelques mois plus tard, en novembre 2025, Gilead Sciences annonçait l’introduction de son traitement — commercialisé sous le nom Yeytuo® pour l’indication PrEP — dans neuf pays d’Afrique subsaharienne fortement touchés par le VIH : l’Eswatini, la Zambie, le Lesotho, le Mozambique, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Ouganda, le Zimbabwe et le Kenya.
Si des premières doses ont été livrées dès décembre 2025 en Eswatini et en Zambie, le Kenya devient le premier pays d’Afrique de l’Est à recevoir le traitement. La distribution doit débuter en mars 2026 dans 15 comtés à forte prévalence, avec 12 000 doses supplémentaires attendues dans les semaines suivantes afin d’assurer la continuité des injections.
Un enjeu d’accès et de financement
Sur le plan économique, le lénacapavir devrait être proposé au Kenya à environ 7 800 shillings par patient et par an (environ 60 dollars ou 51 euros), ce qui représente « une réduction substantielle par rapport au prix précédent d’environ 42 000 dollars américains », souligne le ministère de la Santé kényan. Pour lever le frein financier, Gilead a accepté d’accorder des licences volontaires à des fabricants de génériques (médicaments identiques ou équivalents à ceux d’une marque, mais moins chers), notamment au laboratoire Dr. Reddy’s. Cela, afin de rendre abordable son traitement dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
Selon Unitaid, une organisation de l’ONU qui centralise les achats de traitements contre le sida à des prix réduits, le prix pourrait même descendre à 40 dollars par an à partir de 2027 dans 120 États. « La mise à disposition du lénacapavir en prévention est une excellente nouvelle pour les pays où l’épidémie est très active, estime Jade Ghosn, infectiologue à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard à Paris. Cependant, il faut maintenant rapidement étendre son lancement dans tous les pays à forte prévalence, puis dans tous les autres États. »
Un défi d’autant plus complexe que le lancement intervient dans un contexte de baisse des financements internationaux. Après des coupes américaines, la France a annoncé fin février une réduction de 58 % de sa contribution au Fonds mondial.
En France, le lénacapavir est déjà commercialisé depuis 2022 sous le nom Sunlenca®, mais uniquement pour le traitement de personnes vivant avec une infection multirésistante en échec thérapeutique. En août 2025, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a « recommandé l’octroi d’une autorisation de mise sur le marché dans l’Union européenne » dans son usage PrEP, suivie en septembre par le feu vert de la Commission européenne. Reste désormais à attendre l’aval de la commission de la transparence de la Haute autorité de Santé, qui doit évaluer l’intérêt de la molécule en usage PrEP en vue d’un éventuel remboursement. La disponibilité effective du lénacapavir en PrEP en France ne devrait donc pas intervenir avant plusieurs mois.
Lénacapavir en préventif : son déploiement en Afrique a enfin commencé
