vih Maire Bopp du Pont, militante polynésienne : « On a besoin de plus de visages »

12.02.26
Hélène Ferrarini
4 min
Visuel Maire Bopp du Pont, militante polynésienne : « On a besoin de plus de visages »

Maire Bopp du Pont a 25 ans lorsqu’elle rend public sa séropositivité devant l’association des médias des îles du Pacifique réunie en Polynésie en 1999. Elle vient de se rétablir de l’infection qui a failli l’emporter un an plus tôt. Lorsqu’elle tombe gravement malade, elle est étudiante en journalisme à l’université de Fidji. Diagnostiquée au stade SIDA, très affaiblie, c’est son père qui l’aide à rentrer au fenua, le pays polynésien. « Les traitements n’étaient pas disponibles à cette époque à Fidji », décrit Maire Bopp du Pont. En Polynésie, elle bénéficie des trithérapies.

Dès le début, elle parle de la maladie à ses proches. « Je ne voyais pas pourquoi ne pas l’annoncer. Je n’ai pas ressenti d’éloignement de leur part. » Cette aisance n’est pas la norme. La personne qui l’a contaminée, et qui est elle-même passée par l’hôpital quelques temps avant Maire sans rien lui en dire, finira par lui avouer « avoir eu tellement peur et tellement honte ». « Je me suis dit qu’est-ce que la société a pu faire pour qu’on en arrive là ? Pourquoi peut-on parler de son cancer et pas de cette maladie ? » C’est le début de son engagement dans la lutte contre le VIH en résonnance avec les valeurs qui animent cette militante polynésienne, anti-nucléaire, indépendantiste. « La recherche de la justice, de la vérité, de la bonne gouvernance, de l’égalité… de l’émancipation et de la liberté », décline-t-elle sur la véranda de la maison familiale. Dans la vie de Maire Bopp du Pont, à ce moment là, « le VIH a pris le pas sur tout le reste. Il n’y avait rien à ce sujet », rappelle-t-elle. Elle fonde Agir contre le Sida, association historique de lutte contre le VIH en Polynésie.

Du témoignage intime au plaidoyer régional

Sa prise de parole en 1999 l’emmène aussi hors de Polynésie dans d’autres pays insulaires du Pacifique, où elle est invitée « pour en parler dans les communautés, pour donner des conférences, des formations. Mon histoire a fait venir à moi différentes personnes séropositives, je les ai formées à devenir ambassadeur », relate-t-elle. La jeune femme, bonne oratrice et anglophone, est propulsée dans les instances internationales. Elle fonde la PIAF, Pacific Islands AIDS Foundation. Prend la parole lors de la conférence mondiale sur le SIDA en 2002 à Barcelone aux côtés de Nelson Mandela et Bill Clinton. Rédige la stratégie VIH pour la Communauté du Pacifique. Participe à la mise en place du Fonds mondial dans la région.

Sans quitter des yeux l’océan qui se brise à quelques mètres de sa terrasse, elle récite encore aujourd’hui en anglais ses arguments d’alors pour convaincre les bailleurs de détacher le Pacifique de l’Asie dans laquelle les pays insulaires sont généralement incorporés, pour ne pas dire noyés. Elle défend ainsi une approche qui lui tient particulièrement à coeur : la prise en compte d’une pensée régionale spécifique à l’espace Pacifique que la colonisation a divisé en différents Etats. Cette passion pour le monde océanien qui est le sien l’habite depuis qu’elle a étudié à Fidji plutôt qu’à Paris, après avoir fait partie de la première promotion en reo maohi – la langue tahitiennne – de l’université de Polynésie.

Mais progressivement ces activités l’éloignent de « la mobilisation communautaire des premières années. La lutte contre le SIDA est devenue une machine administrative. Nos réunions se ressemblaient toutes et m’ont déracinée de ma base, de moi-même », reconnaît-elle. En 2012, elle arrête tout, revient au fenua, s’occupe de sa fille. Et elle enseigne le reo maohi.

Les récentes nouvelles de la flambée de l’épidémie de VIH à Fijdi l’ont poussé à reprendre le flambeau. Que propose-t-elle ? « On reprend la base et on s’aide du numérique. » Quelques jours avant notre rencontre, elle est allée à la rencontre d’une communauté paroissiale, les églises étant des relais incontournables de la société polynésienne. En parallèle, elle lance « safe is sexy », une campagne de prévention sur les réseaux sociaux à l’occasion de la Saint-Valentin. Pour le 1er décembre 2026, elle espère une conférence pour former des pairs éducateurs dans les cinq archipels de Polynésie Il n’y en a pas à l’heure actuelle.« On a besoin de plus de visages : je le disais il y a vingt-cinq ans, c’est toujours vrai aujourd’hui ! » 🟥

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