Présenté comme une avancée majeure, le test MiniDock MTB pourrait transformer le diagnostic de la tuberculose grâce à une technologie simple, rapide et décentralisable. Prometteur sur le terrain, notamment auprès des populations les plus éloignées du soin, il pose toutefois encore des questions clés en matière d’utilité clinique et de déploiement à grande échelle.
Est-on sur le point de vivre un important progrès dans le diagnostic de la tuberculose ? D’aucuns le pensent, après la présentation des résultats du test TB « MiniDock MTB » par la firme chinoise PlusLife à la dernière conférence mondiale sur la tuberculose qui s’est tenue en novembre 2025 au Danemark. « L’arrivée de ce nouveau test marque une étape ultérieure dans la nécessaire décentralisation du diagnostic de la maladie », indique le Dr. Kobto Ghislain Koura, directeur scientifique de L’Union, l’association qui organise la conférence. « On pourra proposer un test au chevet du patient, dans les formations sanitaires périphériques, avec une technologie simple et à partir d’échantillons oraux prélevés avec un écouvillon lingual, bien plus faciles à obtenir que les crachats nécessaires pour les autres tests » continue Dr. Kobto. L’obtention de crachats provenant de partie profonde des poumons est en effet l’un des obstacles majeurs dans le déroulement des tests contre la tuberculose. Une méta analyse (prépublication) confirme qu’une large partie de la population est incapable de produire des expectorations de bonne qualité : jusqu’à 25 % de la population adulte et 95 % des enfants de moins de 5 ans.
Une nouvelle technologie, moins coûteuse mais avec quelques limites
La promesse de décentralisation et simplicité accompagnant le MiniDock TB n’est pourtant pas nouvelle. L’arrivée, il y a une quinzaine d’année, des tests moléculaires rapides, notamment le Xpert MTB/RIF et le Xpert Ultra [i], a constitué une avancée décisive, permettant déjà de détecter en quelques heures le Mycobacterium tuberculosis et la résistance à la rifampicine en sans devoir s’appuyer sur un laboratoire centralisé. Mais, à l’épreuve du terrain, ces tests ont montré quelques limites opérationnelles : coût élevé des cartouches, dépendance à une alimentation électrique continue, exigences importantes de maintenance, et nécessité de conserver les consommables à une température inférieure à 30 °C. A sensibilité et spécificité équivalentes, le test de PlusLife semble mieux armé pour surmonter ces défis pratiques, avec un coût très réduit de la machine (à peine 400 dollars contre plusieurs milliers de dollars pour le geneXpert), des cartouches (3,80 dollars versus 10 pour Xpert), une alimentation sur batterie, une résistance aux températures élevés et un résultat en seulement 30 minutes.
Ces performances sont liées à un changement technologique majeur. Xpert et MiniDock cherchent tous les deux à détecter l’ADN de Mycobacterium tuberculosis, mais ils n’utilisent pas le même mode d’amplification ni les mêmes conditions de réaction. « Le GeneXpert repose sur une technique qui nécessite des variations répétées de température. À chaque changement de température, la machine copie un petit morceau de l’ADN de la bactérie. En même temps, un marqueur lumineux (le fluorophore) s’active progressivement avec la présence de l’ADN de la bactérie de la tuberculose. Plus cette luminosité augmente, mieux est la sensibilité », détaille Dr. Niaina Rakotosamimanana, chef de l’unité des Mycobactéries auprès de l’Institut Pasteur de Madagascar (IPM). « Dans le système utilisé par PlusLife, en revanche, la lyse de l’échantillon, l’amplification et la détection de la fluorescence se font dans un système intégré, à température constante, réduisant ainsi le temps de l’amplification tout en maintenant une certaine spécificité. » Cela permet d’avoir un résultat en quelques minutes seulement.
Mais, et c’est une de ses limites majeures, le test rapide de PlusLife n’est pour l’instant pas en mesure de détecter la résistance à la rifampicine [ii] contrairement à son concurrent. L’absence de capacité intrinsèque à détecter cette résistance dans un test de proximité limite considérablement l’utilité clinique du MiniDock TB dans les contextes où la prévalence de la résistance aux médicaments est élevée. Sur le plan épidémiologique, environ 600 000 nouveaux cas de tuberculose résistante à la rifampicine ont été rapportés annuellement dans le monde, avec une concentration en Inde, en Asie du Sud-Est mais aussi en Afrique du Sud et en République démocratie du Congo. Dans ces contextes, le passage par des tests PCR génotypiques demeure donc une étape indispensable pour éviter que les personnes infectées par une TB résistante ne perdent pas de temps et de chances en prenant un traitement inadapté.
Et pour les personnes vivant avec le VIH ?
La tuberculose demeure la première cause de mortalité chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) à l’échelle mondiale, avec 150 000 décès enregistrés en 2024. Dit autrement, environ un décès sur trois d’une personne séropositive au VIH est dû à la co-infection avec la TB. Face à cette réalité, l’OMS recommande un dépistage systématique de la tuberculose à chaque visite médicale chez les PVVIH. Mais sur le terrain, le diagnostic reste un défi majeur. Les personnes vivant avec le VIH présentent plus souvent des formes pulmonaires à frottis négatif, des formes extrapulmonaires ou des atteintes disséminées, en particulier en cas d’immunodépression avancée. Les examens microscopiques direct — peu sensible — a longtemps été le seul test disponible à grande échelle dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Les tests moléculaires rapides ont constitué une amélioration importante (même avec les limitations citées plus haut), tout comme l’arrivée du test urinaire LF-LAMP, simple et réalisable au lit du patient, indiqué pour les PVVIH sévèrement immunodéprimées, en particulier lorsque le taux de CD4 est inférieur à 100 cellules/μl. Ensemble ces outils ont démontré leur capacité à augmenter la sensibilité du diagnostic et à réduire la mortalité.
Malgré les évaluations cliniques très positives, le Minidock n’est toujours pas préqualifié par l’OMS et il n’existe toujours pas de recommandations claires pour son déploiement dans les communautés concernées par la tuberculose. Cela ne devrait pourtant pas tarder. Selon le Dr. Oanh Khuất Thị Hải, directrice exécutive de l’organisation communautaire SCDI, au Vietnam, qui travaille notamment avec un public d’usagers de drogues, le MiniDock TB « est une technologie très prometteuse, notamment pour des activités d’outreach auprès de publics très éloignés du soin, comme les usagers de drogues, les personnes sans domicile ou les personnes détenues. ». Elle souligne également que le MiniDock ne peut réaliser qu’un seul test à la fois et qu’il est ainsi bien adapté pour des interventions ciblées, au plus près des personnes, là où les plateformes diagnostiques classiques ne vont pas. Par sa simplicité et robustesse, il offre des perspectives de dépistage décentralisé, voire à terme démédicalisé, auprès des populations les plus marginalisées qui cumulent d’ailleurs un risque élevé de VIH et de tuberculose. Mais le Dr Koura invite à la prudence : « Le potentiel est réel, mais seule l’épreuve du terrain — en conditions réelles, à grande échelle — permettra de confirmer si cette innovation peut véritablement révolutionner le diagnostic de la tuberculose ». Une étape indispensable pour convertir une avancée technologique prometteuse en un impact durable sur la santé publique.
[i] Produits par l’entreprise Cepheid, compatibles avec le système de diagnostic GeneXpert qu’elle commercialise.
[ii] Principal antituberculeux de première intention utilisé dans les schémas thérapeutiques standards.
Tuberculose : une avancée dans le diagnostic
