Santé publique France a présenté, le 14 octobre dernier, les nouveaux chiffres sur l’épidémie de VIH en France. Si le dépistage progresse nettement, l’incidence des nouvelles infections se stabilise et les diagnostics tardifs restent fréquents. Par ailleurs, une tendance préoccupante se précise : les jeunes de 15 à 24 ans sont de plus en plus touchés.
En 2024, 8,5 millions de sérologies VIH ont été réalisées, soit une hausse de 13 % en un an [i]. Cette dynamique est portée par l’essor des tests gratuits sans ordonnance, tel que le dispositif « VIHTest », qui représentent désormais 20 % de l’ensemble des sérologies. Cette montée en puissance concerne notamment les jeunes de moins de 25 ans, dont le nombre de dépistages grâce à ce dispositif a doublé depuis son élargissement aux IST en 2024.
Malgré ce dépistage renforcé, Santé publique France estime à 5 125 personnes ont découvert leur séropositivité en 2024, un chiffre qui se stabilise après un rebond observé entre 2020 et 2023. Plus de la moitié des diagnostics concernent des personnes nées à l’étranger (56 %), dont 43 % ont été contaminées après leur arrivée. L’épidémie reste particulièrement active dans certains territoires : la Guyane affiche les taux les plus élevés, suivie de Mayotte, des Antilles et de l’Île-de-France.
Des dépistages encore trop tardifs
Les profils des personnes nouvellement diagnostiquées évoluent peu : âge médian de 36 ans, 68 % d’hommes, et des transmissions majoritairement sexuelles, dont 53 % par rapports hétérosexuels et 42 % par rapports homosexuels. Les personnes nées en Afrique subsaharienne restent particulièrement exposées (37 % des nouvelles contaminations en 2024).
Les diagnostics effectués tardivement demeurent préoccupants. Santé publique France estime que 43 % des infections à VIH ont été découvertes à un stade tardif, dont 27 % au stade avancé. Bien qu’en diminution depuis 2020, cette proportion reflète des occasions manquées de dépistage et de mise sous traitement.
Malgré tout, quelques progrès sont à souligner. La cascade de soins de 2023 montre que 94 % des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) étaient diagnostiquées, parmi elles 96 % étaient sous traitement antirétroviral, et 97 % avaient une charge virale indétectable. Le nombre de personnes vivant avec le VIH non diagnostiquées diminue légèrement par rapport à 2023 : environ 9 700 estimées en 2024.
Les 15-24 ans : une population de plus en plus concernée
Une récente étude, publiée le 25 novembre par Santé publique France, vient éclairer une autre dynamique de l’épidémie : entre 2014 et 2023, les découvertes de séropositivité chez les 15-24 ans ont augmenté de 41 %, alors qu’elles ont baissé de 15 % chez les 25-49 ans. « Cette augmentation concerne surtout les DROM et la métropole hors Île-de-France », précise l’étude qui pointe aussi une hausse « en particulier chez des jeunes nés en Afrique subsaharienne récemment arrivés en France puisque leur proportion a augmenté parmi les jeunes ayant découvert leur séropositivité ».
En 2023, 906 jeunes de 15 à 24 ans ont découvert leur séropositivité, soit un taux de 11,1 pour 100 000. Ce sont majoritairement des hommes, rarement mineurs ; la moitié étaient nés en Afrique subsaharienne, et 37 % nés en France.
Parmi les jeunes nés en Afriques subsaharienne et diagnostiqués en 2023, 56 % étaient arrivés en France moins d’un an avant leur diagnostic, signe d’une forte exposition liée à la précarité et aux parcours migratoires. « Cette tendance, ajoutent les auteurs de l’étude, reflète une augmentation des découvertes de séropositivité chez les jeunes nés en Afrique subsaharienne et une stabilisation chez les jeunes hommes nés en France ayant des relations sexuelles avec des hommes ».
Chez les jeunes nés en France, les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH) restent nénmoins particulièrement concernés. « Chez les adultes nés en France, le nombre de découvertes de séropositivité a chuté entre 2014 et 2023, surtout parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes : -42 % […] La diminution chez les jeunes nés en France est moins marquée, même parmi les HSH » explique ainsi l’étude.
Quelques clés pour comprendre cette situation se trouvent dans une autre enquête également publiée par Santé publique France ce 25 novembre. Les données provenant de l’Enquête rapport au sexe (Eras), réalisée en 2023, indiquent que « les jeunes HSH de 18 à 21 ans apparaissent particulièrement vulnérables ». Cette enquête souligne en effet que leur accès à la prévention reste limité : 43 % n’en parlent pas avec leur médecin, 46 % n’ont pas fait de test VIH dans l’année et leur recours à la prophylaxie pré-exposition (PrEP) reste faible, seuls 8 % des HSH de moins de 21 ans y ayant recours, contre 23 % chez les plus âgés.
[i] Chiffres Santé publique France
VIH en France : le dépistage progresse, les jeunes hommes Très vulnérables
