vih VIH : face aux fragilités des publics migrants, les associations en première ligne

17.02.26
Kheira Bettayeb
7 min
Visuel VIH : face aux fragilités des publics migrants, les associations en première ligne

En fin 2025, l’agence Santé publique France a publié des données sur le VIH et migration entre 2012 et 2023. Notre analyse, à la lumière des expériences de terrain des associations qui luttent contre le VIH auprès des migrants.

Les progrès en matière de prévention du VIH chez les personnes nées à l’étranger sont « mitigés ». S’il y a du mieux en termes de dépistage, des vulnérabilités persistantes demeurent au sein des populations migrantes : telle est la conclusion d’une étude publiée en novembre par Santé publique France (SpF). Un constat qui n’étonne guère les associations engagées dans la lutte contre le VIH auprès des personnes migrantes. « Les données de Santé publique France sont cohérentes avec ce que nous observons sur le terrain », commente ainsi Papy Tshiala Katumbay, directeur de l’association Espoir, qui intervient auprès de populations originaires notamment d’Afrique subsaharienne, dans l’Essonne (91) et le sud de la Seine-et-Marne (77).

Premier résultat marquant : « Les personnes nées en Afrique subsaharienne représentent toujours une part importante des nouveaux diagnostics de VIH en France », souligne Santé publique France. À elle seule en 2023, cette population a comptabilisé près de 38 % des nouvelles contaminations répertoriées par SpF dans le pays.

« Cette situation s’explique en grande partie par les obstacles sociaux et administratifs auxquels nombre de migrants sont confrontés dès leur arrivée. La recherche d’un logement, l’accès à un emploi ou encore les démarches de régularisation constituent des priorités immédiates qui mobilisent toute leur énergie. Ces difficultés concrètes et persistantes les éloignent souvent des dispositifs de prévention, de dépistage et de soins, relégués au second plan face à l’urgence sociale », explique Romain Mbiribindi, directeur de l’association Afrique Avenir, présente sur le terrain depuis plus de 30 ans.

« Comparés à ceux nés en France, les migrants accèdent plus difficilement aux services de prévention et de dépistage du VIH. Encore faut-il pouvoir identifier ces services puis s’y rendre… ce qui n’est pas simple quand on vient d’arriver en France et que l’on manque de moyens », ajoute Caroline Andoum, directrice de Bamesso et ses amis, qui organise des actions en Seine-Saint-Denis (93) auprès de populations principalement originaires d’Afrique et des Caraïbes.

Des vulnérabilités différenciées selon le genre et l’orientation sexuelle

Autre réalité mise en lumière par l’étude menée par Santé publique France : alors que, chez les personnes nées en France, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) constituent le groupe le plus touché par le VIH — avec près de 1 400 nouveaux diagnostics en 2023 —, chez les personnes nées en Afrique subsaharienne, les femmes hétérosexuelles sont les plus concernées. Elles ont enregistré un peu moins de 1 200 nouveaux diagnostics en 2023, contre un peu moins de 600 chez les hommes hétérosexuels et environ 300 chez les HSH.

« Les femmes originaires d’Afrique subsaharienne sont encore plus vulnérables que les autres personnes issues de cette région. Elles ont un accès plus limité à la sensibilisation et à la prévention contre les infections sexuellement transmissibles (IST). À leur arrivée, pour subvenir à leurs besoins primaires — nourriture, logement… — certaines se voient contraintes d’avoir recours à des transactions sexuelles, parfois non protégées », explique Caroline Andoum, dont l’association organise des ateliers de santé communautaire à destination de ces femmes.

En revanche, c’est chez les HSH nés en Afrique subsaharienne que Santé publique France a observé la plus forte hausse des nouveaux diagnostics. Entre 2012 et 2023, cet indicateurs ont diminué chez les HSH nés en France de respectivement 36 % (de 2 189 à 1 402). À l’inverse, ils ont augmenté de 255 % (84 contre 298) chez les HSH nés en Afrique subsaharienne.

« Les HSH originaires d’Afrique subsaharienne sont souvent stigmatisés et rejetés en raison de leur orientation sexuelle, au sein de leur communauté, dans leur pays d’origine comme en France. Ils se retrouvent plus fréquemment à la rue et ont, de ce fait, moins accès aux actions de sensibilisation et de prévention du VIH. Ils sont donc davantage exposés au VIH et aux autres IST », souligne Papy Tshiala Katumbay.

L’augmentation des nouveaux diagnostics concerne également — dans une moindre mesure — les HSH migrants provenant d’autres régions : + 96 % de nouveaux diagnostics entre 2012 et 2023 chez les HSH nés sur le continent américain (153 en 2023 contre 78 en 2012) et + 66 % chez ceux originaires d’autres régions, notamment du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (206 contre 124).

D’où l’appel de Santé publique France à « maintenir l’accent sur la prévention et le dépistage régulier, même plusieurs années après l’arrivée en France ».

Des associations en première ligne malgré des moyens en baisse

Dans ce contexte, l’action d’associations comme Espoir, Afrique Avenir et Bamesso et ses amis est jugée cruciale. « Comme nous sommes nous-mêmes originaires d’Afrique subsaharienne, nous connaissons la langue, les comportements et les codes culturels de ces populations. Cela facilite les contacts et permet de toucher un maximum de personnes », explique Papy Tshiala Katumbay.

Ces structures sont également expertes de la démarche de l’« aller vers ». « Chez les migrants d’Afrique, le VIH/sida reste un sujet tabou car lié à la sexualité. Nous devons aller vers eux, les interpeller pour leur proposer des outils de prévention et des tests de dépistage. Sans cela, nous ne dépisterions quasiment personne », observe-t-il.

Sorties de gares de RER, discothèques et lieux festifs, salons de coiffure, locaux associatifs… Les actions se déploient là où transitent ces publics, en Île-de-France mais aussi, pour certaines associations, dans d’autres régions. « Afrique Avenir intervient occasionnellement dans plusieurs grandes villes de province. Depuis 2017, nous disposons même d’une antenne à Lille », précise Romain Mbiribindi.

La contribution associative au diagnostic du VIH et des autres IST est majeure. En 2025, Bamesso et ses amis a ainsi testé 1 670 personnes et identifié 11 personnes porteuses du VIH, 30 atteintes d’hépatite B, 12 d’hépatite C et 10 de syphilis.

Et l’accompagnement ne s’arrête pas au résultat du test. « Si celui-ci est positif, nous mettons la personne en lien avec un médecin et l’accompagnons dans son parcours de soins pour éviter les ruptures. Nous veillons aussi à ce qu’elle dispose d’un ticket de transport pour se rendre dans la structure de soins », détaille Caroline Andoum.

Concernant spécifiquement les migrants LGBT afro-caribéens, Afrique Avenir a lancé, il y a cinq ans, le programme « Afrique Arc-en-Ciel », destiné à proposer « des actions de prévention adaptées, un accompagnement renforcé vers le dépistage et les soins, ainsi qu’un espace sécurisant pour lever les tabous et lutter contre l’isolement ».

Reste un obstacle de taille : les moyens. « Les ressources dont nous disposons ne sont pas à la hauteur des besoins », alerte Romain Mbiribindi. Elles sont même en diminution. « Jusqu’à présent, nous pouvions réaliser 1 350 TROD par an. En 2026, nous ne pourrons en effectuer que 900, en raison d’une baisse des financements alloués par l’Agence régionale de santé d’Île-de-France », regrette Papy Tshiala Katumbay.

Dans ces conditions, difficile de fournir les « efforts accrus pour rompre les chaînes de transmission du VIH et atteindre les objectifs nationaux et internationaux » préconisés par Santé publique France. 🟥

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