vih VIH : l’épidémie repart à La Réunion

02.04.26
Hélène Ferrarini
6 min
Visuel VIH : l’épidémie  repart à La Réunion

A la Réunion, les nouveaux cas de VIH connaissent depuis trois ans une hausse aussi inédite qu’inquiétante. Le contexte épidémiologique de l’océan Indien y est pour beaucoup.

L’essentiel

  • Forte augmentation des nouveaux cas de VIH à La Réunion : de 38 en 2022 à plus de 100 en 2024.
  • Influence du contexte épidémiologique régional (Madagascar, Maurice, Seychelles, Mayotte).
  • Baisse du pourcentage de charges virales indétectables : 87 % en 2024 contre 93 % trois ans plus tôt.
  • Méconnaissance de la PrEP et du TPE dans plusieurs populations à risque.

Une hausse inédite des cas de VIH depuis trois ans

38 nouveaux cas de séropositivité dépistés en 2022. L’épidémie de VIH était « plutôt tranquille » à la Réunion aux dires d’acteurs locaux de la lutte contre le virus. Un nombre de patients stable, une population vieillissant avec le VIH bien accompagnée, des taux de dépistage au-dessus de la moyenne nationale. A la Réunion, île volcanique et département français où vivent plus de 900 000 personnes dans l’océan Indien, le VIH n’était plus un sujet d’inquiétude majeur.

Il le redevient. 59 nouveaux cas en 2023. 101 en 2024. Les découvertes de séropositivité ont presque triplé en seulement deux ans ! L’ARS (agence régionale de santé) a beau prévenir que les données de Santé publique France (SpF) pour 2024 ne sont pas définitivement stabilisées : « l’exhaustivité des transmissions des déclarations obligatoires étant en forte baisse pour les données de 2024 », la tendance est bien là. Les derniers chiffres pour 2025 annoncent plus d’une centaine de nouveaux cas dépistés sur l’année, décrivant une forme de stabilisation à ce niveau élevé.

Le contexte épidémiologique régional : un facteur déterminant

« Une partie de cette augmentation s’explique par le contexte régional de l’océan Indien », répond Dr Catherine Gaud. Cette médecin pédiatrique et immunologiste est témoin de l’épidémie depuis plus de 35 ans dans la région. Elle a présidé le CISIH à sa création, puis le COREVIH [i] jusqu’à sa dissolution en mars 2025.

« Au niveau régional, les nouvelles infections diminuent en Afrique du Sud-Est, mais il n’en est pas de même pour l’océan Indien », précise-t-elle. A commencer par Madagascar où « la situation est apocalyptique », pour reprendre les mots du Dr Gaud, qui partage quelques données sur la situation sanitaire de la Grande île et ses 30 millions d’habitants. Entre 2010 et 2023, les décès liés au sida y ont augmenté de 279 %. Dans les districts du Nord, la séroprévalence est de 10 %. Faute de moyens, seules 32 % des femmes enceintes sont dépistées, et parmi elles, 7,2 % sont séropositives.

A l’île Maurice aussi, la situation sanitaire n’est pas bonne. Dans un contexte de forte stigmatisation, 549 personnes ont été diagnostiquées séropositives en 2024 sur une population totale de 1,2 million d’habitants, partage Dr Gaud. Aux Seychelles, la prévalence des usagers de drogue est de l’ordre de 10 %, décrit-elle. Et sur l’île française de Mayotte qui entretient des liens forts avec la Réunion pour la prise en charge médicale, « l’épidémie est sous-estimée ».

La Réunion a beau être une île française, son ancrage géographique dans l’océan Indien commence à peser sur sa situation sanitaire. « Depuis deux ans, nombre de Réunionnais sont contaminés dans ces pays. Neuf patients sont sûrs d’avoir été contaminés par des relations sexuelles à Madagascar ou Maurice. Et 30 % des personnes qu’on découvre séropositives disent avoir eu des relations sexuelles dans un des pays de la COI (commission de l’océan Indien) », commente Dr Gaud [ii].

Un impact direct sur la prise en charge et la prévention

Les transmissions concernent à la fois des relations hétérosexuelles et homosexuelles. À La Réunion, la file active se compose d’environ 70 % d’hommes et 30 % de femmes. L’augmentation des cas de VIH a des effets sur toute la chaîne de la prise en charge à la Réunion. Actuellement, « 87 % des personnes sous ARV présentent une charge virale indétectable », précise Catherine Gaud, alors que ce taux atteignait 93 % il y a trois ans.

Autre élément dommageable : « Les soignants qui accompagnent les personnes nouvellement dépistées positives soulignent qu’il y a une ignorance de la PrEP et une méconnaissance du traitement post-exposition », relaie Dr Gaud. « A La Réunion, la PrEP est sous utilisée dans certaines populations que sont les travailleur·euses du sexe, les hétérosexuel·les multipartenaires et les jeunes… Des populations qui sont à sur risque d’exposition au virus du VIH », confirme Dr Roland Rodet, responsable du CeGIDD (Centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic) Nord-Est et centre de santé sexuelle, dans des propos transmis par l’ARS.

« La PrEP est connue des personnes déjà assez sensibilisées, mais ce n’est pas connue de tous », abonde Yasmina Singamoutou, coordinatrice du pôle prévention et de la maison de vie de l’association RIVE. La structure prévoit de mettre en place une permanence mensuelle d’information au sujet de ce moyen de prévention. « Mais seule, l’action des associations n’est pas suffisante », reconnaît-elle.

La prévention fragilisée

Dans son rapport de 2022, le CoreVIH regrettait « des difficultés liées à la diminution des personnels dans les services de soin et les CeGidd, mais surtout, en prévention avec des subventions de l’ARS dédiées à la prévention trop faibles par rapport aux besoins ». Des actions de prévention ont été menées à l’aéroport à destination des personnes en partance vers les destinations de l’océan Indien, mais cela reste largement insuffisant.

« Ce que l’on fait ? On est beaucoup revenu sur l’importance de se dépister », décrit Yasmina Singamoutou. De fait, les taux de dépistage sont en hausse à la Réunion, d’après le dernier bulletin Santé publique France. 144 dépistages pour 1000 personnes en 2024, les femmes de 25 à 49 ans étant les plus concernées avec un taux de 302 pour mille. L’ARS souligne d’ailleurs le « contexte d’augmentation très nette du recours au dépistage depuis 2022, avec notamment le succès du dispositif ‘Mon test VIH’ déployé depuis 2022 ». L’agence de santé précise également que « le diagnostic des infections se fait à un stade plus précoce depuis 2022 ». Pour Catherine Gaud, « le dépistage est bon, sans être excellent ». Fin 2024, Santé publique estime que 206 personnes vivant avec le VIH ignorent leur statut à la Réunion.

Dans ce contexte, il est regrettable que le CoReSS de la Réunion ne soit pas encore installé, alors que le COREVIH a disparu depuis un an, en mars 2025. L’installation du CoReSS est « attendue au deuxième semestre 2026 », d’après l’ARS, qui y voit une « instance structurante de pilotage et de coordination des actions en santé sexuelle et de prévention du VIH ». Il y a urgence. 🟥

Notes et références

[i] Les Comités de coordination régionale de la lutte contre le virus de l’immunodéficience humaine, depuis remplacés par CoRESS (Comités de coordination régionale de santé sexuelle).
[ii] Pays de la COI (commission de l’océan Indien) : les Comores, Madagascar, Maurice, les Seychelles et la France au titre de la Réunion.

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