Prix jeunes chercheurs Sidaction 2019 : Le dépistage avant tout !

Depuis 2003, Sidaction attribue à l’occasion de la Convention Nationale des acteurs de la lutte contre le sida un Prix Scientifique « Jeune Chercheur ».
Publié le 16.09.2019.

D’un montant de 2 500 €, ce prix distingue un chercheur ayant bénéficié d’un financement de Sidaction. Judith Leblanc [1] est lauréate du 10ème prix Jeune Chercheur Sidaction. Elle a mené son travail de post-doctorat sur l’optimisation du dépistage du VIH dans les services d’urgences en Ile-de-France.

En France, malgré une offre de dépistage importante et souvent gratuite, près de 15% des personnes vivant avec le VIH ne connaissent pas leur statut sérologique (environ 24 000 personnes), et la moitié des personnes découvrant leur séropositivité sont dépistées plus de trois ans après la contamination. Cette situation change peu avec le temps et justifie les efforts déployés en vue d’améliorer l’accès au dépistage du VIH.

Le travail de post-doctorat de Judith Leblanc porte sur la stratégie de dépistage ciblé aux urgences et s’est déroulé dans le cadre de l’étude ANRS DICI-VIH – Dépistage Infirmier Ciblé du VIH. Mené dans huit services d’urgences d’Ile-de-France en 2014 et 2015, cette étude avait pour objectif de comparer la stratégie de dépistage ciblant les personnes à haut risque mené par le personnel infirmier à une stratégie de diagnostic menée en routine par les médecins.

Le ciblage était assuré par un questionnaire distribué aux personnes souhaitant participer à l’étude. Ce questionnaire visait à déterminer les situations possibles de risques relatifs au VIH. La stratégie de dépistage ciblé a permis de dépister un nombre plus important de personnes séropositives que la stratégie de diagnostic en routine et s’est donc avérée utile à mettre en œuvre, ce qu’a validé la Haute Autorité de Santé en 2017 à l’occasion de la révision de la stratégie de dépistage de l’infection à VIH en France.

L’objectif du travail de Judith Leblanc était de mieux connaître les facteurs facilitant la mise en œuvre de cette stratégie, de la remise du questionnaire à la réalisation d’un test de dépistage par le personnel infirmier. Ce que l’on retient est la part importante de remise du questionnaire par le personnel infirmier (de 23% à 48% selon les sites d’intervention) et la part très conséquente de personnes acceptant la réalisation d’un test (de 64% à 77% selon les sites). Les raisons avancées par les personnes refusant le dépistage étaient principalement le fait d’avoir déjà réalisé un test (50% des raisons avancées pour un refus) et de ne pas s’estimer à risque (16% des raisons avancées). En termes de limites au déploiement de la stratégie, c’est, sans surprise, la surcharge de travail qui rend ce dernier difficile, notamment les fins de semaine et en l’absence de personnel dédié, mais aussi l’âge des personnes à qui le test était proposé, les plus jeunes ayant plus facilement tendance à l’accepter.

Ce travail s’inscrit dans les efforts de diversification des acteurs de santé visant le renforcement du dépistage en France, qui reste aujourd’hui encore en deçà des objectifs visant le contrôle de l’épidémie.

[1] Université de Montréal ; Université Paris Saclay/Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines ; Hôpital Saint Louis/AP-HP 

Pour aller plus loin:
Leblanc J et al., Implementation of Nurse-Driven HIV Screening Targeting Key Populations in Emergency Departments: A Multilevel Analysis From the DICI-VIH Trial, Worldviews on Evidence-based Nursing 2019
Leblanc J et al., Targeted HIV Screening in Eight Emergency Departments: The DICI-VIH Cluster-Randomized Two-Period Crossover Trial, Annals of Emergency Medicine 2017
Haute Autorité de Santé, Réévaluation de la stratégie de dépistage de l’infection à VIH en France, 2017
Voir aussi sur Transversalmag un entretien mené avec Judith Leblanc à l’occasion de la conférence AFRAVIH 2018 : Dépistage : le personnel infirmier s’engage