vih MémoDépistages : de nouveaux résultats confirment l’efficacité de l’opération

09.06.22
Kheira Bettayeb
7 min
Visuel MémoDépistages : de nouveaux résultats confirment l’efficacité de l’opération

L’envoi de kit d’auto-prélèvements à domicile optimise le dépistage du VIH chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes : voilà ce que montrent de nouveaux résultats du programme MémoDépistages communiqués en avril 2022.

Dépister précocement le virus du Sida (VIH) est crucial pour mettre fin à l’épidémie de VIH. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) constituent le groupe le plus touché par cette infection. Depuis 2017, la Haute Autorité de Santé (HAS) leur recommande un dépistage tous les trois mois – contre un tous les ans auparavant – afin de réduire le délai entre la contamination et le diagnostic. Problème : plus d’un quart des nouvelles découvertes de séropositivité chez les HSH (21%) se font toujours à un stade avancé de l’infection [i]. Pour remédier à cette situation, l’agence Santé publique France (SpF) a évalué un nouveau dispositif de dépistage du VIH : le kit d’auto-prélèvements à domicile du programme MémoDépistages.

De fait, il existe déjà plusieurs solutions de dépistage du VIH : test en laboratoire ou dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), « tests rapide d’orientation diagnostique » (ou Trod) proposés par certaines associations, auto-tests vendus en pharmacies… Les atouts du nouveau kit d’auto-prélèvements ? Tout d’abord, « il ne nécessite ni rendez-vous ni déplacement. Destiné à étendre la gamme des modalités de dépistage possibles, il permettrait à chacun de trouver une solution adaptée à ses besoins et ses contraintes », explique Delphine Rahib, chargée d’études à Santé publique France. Mais surtout, « ce programme combine le dépistage du VIH à celui de 5 autres infections sexuellement transmissibles (IST) : les hépatites B et C, la syphilis, et les infections à chlamydia et à gonocoques ».

En pratique, lors de l’expérimentation de Santé publique France, l’inscription à MémoDépistages se faisait en ligne via un lien proposé sur des applis de rencontres gays et des réseaux sociaux. Le programme permettait de planifier les tests de dépistage tous les trois mois et proposait des autotests VIH et des kits d’auto-prélèvements livrés gratuitement à domicile. Ces derniers permettent de recueillir soi-même un échantillon de sang via une piqûre au bout du doigt (pour le dépistage du VIH, des hépatites B et C, et de la syphilis), ainsi qu’un échantillon d’urine via une éponge, et des prélèvements anal et pharyngé avec des écouvillons (pour la recherche de chlamydia et de gonocoques). Le tout est à poster ensuite à un laboratoire qui analyse, lit et interprète les résultats, et les envoie quelques jours plus tard.

Lutter contre les inégalités territoriales 

Entre avril 2018 et décembre 2019, Delphine Rahib et ses collègues ont proposé ce dispositif à 7 158 HSH vivant dans 4 régions : Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Une première analyse publiée en 2021 (2), a révélé que près de 30 % des personnes qui se sont vues proposer le programme (1 948) ont utilisé le kit offert lors de l’inscription pour se faire dépister. Il s’agissait majoritairement d’hommes de moins de 30 ans (46 %), avec un haut niveau d’étude – supérieur au bac – (76 %), qui fréquentent des bars, discothèques et autres lieux de convivialité gay (66%)… « Ce profil est similaire à celui des HSH qui utilisent le plus les autres modalités de dépistage déjà disponibles », commente Delphine Rahib. 

En revanche, contrairement à ces autres dispositifs, MémoDépistages a été adopté autant par des urbains que des ruraux – et pas plus par des urbains. Dans le détail, 25 % des HSH vivant dans une ville de moins de 2 000 habitants, qui se sont vus offrir un kit d’auto-prélèvement, l’ont utilisé ; contre 29 % – soit sensiblement le même taux – chez ceux habitant une ville de plus de 100 000 habitants. Ainsi, « notre dispositif gomme l’inégalité territoriale existant avec les autres modalités et permet ainsi un meilleur dépistage chez les ruraux », se réjouit Delphine Rahib.

D’autres études parues en février 2022 [iii], ont permis d’obtenir des données concernant l’efficacité de MémoDépistages. Il est ressorti que sur les 1 556 HSH testés pour le VIH via ce programme, huit (0,5 %) ont découvert leur contamination par le VIH et quatre (0,3 %), leur infection par le VHC. Les chercheurs ont également noté un fort taux de contaminations par les bactéries chlamydia (9,3 %) et gonocoques (9,6 %). De quoi mieux lutter contre les dépistages tardifs.

Objectif : un dépistage tous les trimestres

Lors de la nouvelle analyse présentée en avril 2022 à Santé publique France, les chercheurs ont voulu savoir cette fois, si MémoDépistages peut augmenter le nombre annuel de dépistages du VIH. « En effet, le but principal de ce programme est d’atteindre, chez le plus de HSH possible, les 4 tests annuels recommandés », précise Delphine Rahib. Et bingo : au bout d’un an d’utilisation du dispositif, 39 % des participants ont augmenté leur niveau de dépistage global par rapport à l’année précédant l’expérimentation. 

« Assez logiquement, cet impact était plus important chez les HSH qui se dépistaient le moins avant l’entrée dans le programme : le taux de HSH qui ont augmenté leur nombre de dépistages annuel était de 47 % chez ceux qui n’ont jamais été dépisté de leur vie, de 35 % parmi ceux qui avaient fait au moins un test lors de l’année précédente, et de 24 % chez ceux qui en avaient réalisé plus d’un », précise notre interlocutrice.

Autre résultat important : alors que seuls 4 % de la totalité des participants avaient réalisé les 4 dépistages annuels préconisés l’année précédant l’expérimentation, au bout d’un an d’adhésion à MémoDépistages, ce taux a grimpé à 15,7 %. Mieux : Si l’on compare à des hommes n’ayant pas participé au programme MémoDépistages, la participation à MémoDépistages augmente d’environ 40 % le nombre d’hommes ayant réalisés les 4 dépistages annuels. Et chez les HSH qui ne fréquentent jamais les lieux de convivialité gay, ce taux double. « Sachant que les lieux de convivialité gay sont souvent des endroits où il existe une sensibilisation au dépistage et où des associatifs proposent des tests rapides Trod, notre offre permet en quelques sorte de répliquer virtuellement, ces services et d’atteindre ainsi, les personnes qui ne fréquentent pas ces lieux », relève DelphineRahib.

La possible date de lancement de MémoDépistages dans toute la France ? « Ce ne sera sûrement pas avant au moins quelques années », estime Delphine Rahib. Auparavant, « il faut confirmer la fiabilité des prélèvements et des analyses faites sur ces prélèvements. Cette étape est indispensable au niveau réglementaire et d’un point de vue sécurité ».

En 2023, l’Assurance maladie devrait proposer un dispositif de dépistage d’auto-prélèvement à domicile similaire, mais qui concernera seulement les infections à chlamydia et gonocoques et les moins de 26 ans (les plus concernés par ces infections). Pour ce qui est du VIH même, depuis avril 2021, existe un autre dispositif de dépistage à domicile destiné aux HSH : jefaisletest.fr (accessible sur le site du même nom), qui repose sur l’envoi gratuit d’auto-tests dont le résultat est à lire soi-même.

Des dispositifs d’auto-prélèvement pour lutter contre les IST

Références

[i] Santé publique France – Bulletin de santé publique – Édition nationale – 9 octobre 2019.

[ii]  Delphine Rahib et col. Sex Transm Infect. Mars 2021. doi: 10.1136/sextrans-2020-054790. Publié en ligne le 4 janvier 2021.

[iii] Delphine Rahib et col. Int J STD AIDS. Mars 2022. doi: 10.1177/09564624211066447. Publié en ligne le 10 février 2022.

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