À l’occasion de la Rencontre scientifique et solidaire organisée par Sidaction à Lyon, chercheurs·euses et acteurs de terrain ont partagé un constat commun : si les connaissances sur le VIH progressent, leur diffusion reste profondément inégale. Face à des réalités sociales complexes, aux différentes formes de précarité, la médiation en santé apparaît plus que jamais comme un levier indispensable pour transformer les savoirs scientifiques en prévention efficace. Notre compte-rendu.
Le 16 décembre dernier, à Lyon, la Rencontre scientifique et solidaire organisée par Sidaction a réuni chercheurs·euses, associations et acteurs de terrain autour d’un même enjeu : comment faire en sorte que les avancées scientifiques en matière de VIH bénéficient réellement à celles et ceux qui en ont le plus besoin ? Car si la recherche progresse, son appropriation demeure inégale, freinée par des barrières sociales, culturelles et économiques persistantes.
Sidaction finance des projets de recherche scientifique sur le VIH/SIDA dans toutes les disciplines. Ce fut l’occasion pour les équipes locales de venir présenter leurs travaux. La première présentation portait sur l’étude des interactions entre le virus et les cellules du système immunitaire, menée par une équipe du Centre International de Recherche en Infectiologie (CIRI) de Lyon. La seconde était un projet de thèse consacré à la qualité de vie sexuelle des femmes vivant avec le VIH (Laboratoire RESHAPE ). Cependant les avancées scientifiques ne se traduisent pas automatiquement par une amélioration équitable des parcours de santé.
Certaines populations restent plus exposées au VIH, plus tardivement dépistées et davantage confrontées à la précarité, à la stigmatisation ou à l’isolement. Les femmes, les personnes migrantes, les travailleuses et travailleurs du sexe, les personnes consommatrices de produits psychoactifs rencontrent notamment plus d’obstacles pour accéder aux dispositifs de prévention et de soins. Entre les publications scientifiques et les parcours de vie, l’écart demeure parfois considérable.
C’est précisément dans cet écart que la médiation en santé prend toute sa place. Plus qu’un outil d’accompagnement, elle constitue un lien concret entre les dispositifs existants et les publics qui en sont les plus éloignés. Médiation sociale, culturelle ou communautaire… Toutes reposent sur une même logique : celle de l’« aller vers » en s’appuyant sur des messages adaptés et un lien fort de confiance, lien construit sur le partage des mêmes expériences.
La médiation en santé, un maillon décisif
La médiation permet de rendre accessibles des messages de prévention souvent perçus comme abstraits, de faciliter l’orientation dans des parcours de soins complexes et de créer des espaces de dialogue là où la parole est entravée par la peur du jugement ou par des expériences passées de discrimination. Elle ne se substitue pas au soin, mais en conditionne bien souvent l’accès. Pour de nombreuses personnes, elle constitue même le premier point de contact avec un système de santé jugé lointain ou inaccessible.
Les actions de terrain présentées à Lyon en ont offert des illustrations concrètes. Dans les quartiers relevant de la politique de la ville, l’association ALS développe des actions de proximité fondées sur la présence régulière et l’« aller vers », facilitant l’accès à la santé sexuelle et aux droits. L’association Da Ti Seni a, quant à elle, mis en lumière l’importance de la médiation culturelle auprès des personnes migrantes, en intégrant les représentations du corps, de la maladie et de la sexualité pour aborder la prévention sans jugement.
Dans une approche communautaire, l’association Cabiria montre combien l’implication directe des personnes concernées, celle des travailleur.euse.s du sexe, renforce l’efficacité des actions de prévention. Identifier les besoins avec les publics, co-construire les outils et adapter les interventions aux réalités vécues transforment la médiation en un espace de reconnaissance autant qu’en un levier de santé publique.
La réduction des risques en contexte festif, portée notamment par l’association Keep Smiling, souligne enfin l’importance de d’agir là où, précisément, les pratiques existent. En intervenant dans des contextes sexualisés ou festifs, la médiation permet d’informer sans moraliser, de prévenir sans stigmatiser et de favoriser l’accès au dépistage, malgré un manque encore important de données scientifiques sur ces environnements spécifiques.
L’intervention de l’association Tempo a également rappelé combien la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH reste un enjeu central. En accompagnant les personnes sur la durée, dans leur quotidien, Tempo met en lumière des besoins qui dépassent le cadre strict du soin et interrogent l’accès aux droits, au soutien social et à l’écoute. Une approche globale, indispensable pour penser la prévention et l’accompagnement dans toutes leurs dimensions.
A la lumière de ces interventions, on comprend que la médiation en santé produit des effets concrets : elle facilite l’accès aux soins, réduit l’isolement et contribue à redonner du pouvoir d’agir aux personnes concernées. Pourtant, malgré son rôle central, elle reste fragile, souvent dépendante de financements publics précaires, qui s’amenuisent de plus en plus, et de l’engagement constant des associations. À l’heure où les inégalités de santé persistent reconnaître pleinement la médiation en santé comme un pilier de la lutte contre le VIH n’est plus une option, mais une nécessité. 🟥
Sans médiation, pas de prévention efficace
