Alors que les besoins sociaux augmentent, les associations de solidarité voient leurs moyens diminuer d’année en année. Avec la campagne nationale « Et si nous arrêtions vraiment ? », l’Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux) veut alerter les pouvoirs publics et l’opinion sur les conséquences concrètes de cette fragilisation croissante. Entretien avec Stéphane Lenoir, directeur général de l’association.
L’essentiel
- Les associations de solidarité font face à un effet de ciseau : les besoins augmentent tandis que les financements diminuent.
- Cette fragilisation menace directement l’accompagnement des personnes les plus vulnérables, dans médico-social et sanitaire notamment.
- Avec la campagne « Et si nous arrêtions vraiment ? » et la pétition associées, l’Uniopss interpelle les pouvoirs publics et les citoyens pour défendre le rôle essentiel des associations.
Transversal : Pourquoi avoir lancé la campagne « Et si nous arrêtions vraiment ? »
Stéphane Lenoir : Depuis plusieurs années, nos adhérents sont confrontés à une réalité préoccupante : les financements diminuent alors que les besoins sociaux augmentent. Cet effet de ciseau fragilise progressivement les associations et limite leur capacité à assurer les accompagnements dont les personnes ont besoin.
Face à cette situation, le réseau de l’Uniopss a souhaité se mobiliser. Nous avons voulu porter une campagne intersectorielle, à l’image de nos adhérents qui interviennent dans des domaines très divers : handicap, grand âge, protection de l’enfance, santé, lutte contre les exclusions, etc.
Nous avons également souhaité rassembler au-delà du seul secteur associatif, en associant organisations d’employeurs et organisations syndicales. Il était essentiel de porter un message commun, car nous sommes tous confrontés aux mêmes difficultés et partageons la même préoccupation sur l’avenir des solidarités.
T. : Quelles menaces pèsent aujourd’hui sur les associations, notamment celles qui interviennent dans le champ de la santé ?
S. L. : Les associations subissent un affaiblissement progressif de leurs moyens. Année après année, les financements s’érodent, obligeant les structures à s’adapter en permanence. Mais aujourd’hui, beaucoup arrivent à leurs limites. On ne peut pas indéfiniment faire plus avec moins.
Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement l’avenir des associations. Ce sont surtout les personnes accompagnées qui risquent d’en subir les conséquences. Lorsque les moyens manquent, cela a un impact direct sur l’accès aux soins, à l’accompagnement social, à l’insertion professionnelle, à l’aide à domicile ou encore au maintien de l’autonomie.
Au-delà de ces conséquences individuelles, la question est aussi celle de la cohésion sociale. Si les associations ne sont plus en capacité d’assurer leurs missions, qui prendra le relais ? Nous sommes convaincus que le secteur associatif reste aujourd’hui le mieux placé pour garantir des accompagnements accessibles à tous, sans condition et dans une logique d’intérêt général.
T. : La campagne invite les acteurs associatifs à se mobiliser contre les baisses de financements publics. Concrètement, que se passerait-il si les associations disparaissaient vraiment ?
S. L. : Nous observons déjà certains signaux d’alerte dans plusieurs secteurs fortement sous-financés. Dans certains cas, des opérateurs lucratifs prennent progressivement le relais. Or les logiques d’intervention ne sont pas les mêmes. Le risque est qu’une partie de la population, en particulier les personnes les plus vulnérables, se retrouve exclue de certains accompagnements. Les opérateurs privés interviennent auprès de publics solvablilisés, mais qu’en est-il des personnes qui sont en attente de l’ouverture de leurs droits, de celles qui vivent dans la précarité ?
Prenons l’exemple du maintien à domicile. Aujourd’hui, de nombreuses personnes âgées ou en situation de handicap peuvent continuer à vivre chez elles grâce à l’action quotidienne des associations. Si ces structures disparaissaient, les conséquences seraient considérables, aussi bien pour leur qualité de vie que pour leur santé.
Il faut aussi noter que les associations jouent un rôle essentiel dans la mise en œuvre des politiques publiques de santé, d’action sociale et médico-sociale. Leur disparition affaiblirait profondément notre cohésion sociale et notre vivre-ensemble. D’autant plus que cette disparition aurait aussi un impact majeur sur la vie économique, avec la disparition de nombreux emplois sur l’ensemble du territoire.
T. : Quel est l’objectif de cette campagne et de la pétition que vous appelez à signer ?
S. L. : Notre premier objectif est d’alerter les décideurs publics sur la gravité de la situation et du rôle joué aujourd’hui par les associations. Nous voulons leur rappeler que derrière les associations, il y a des millions de personnes accompagnées, des bénévoles, des élus, des professionnels engagés et une part essentielle de notre cohésion sociale.
Nous demandons simplement les moyens nécessaires pour accomplir les missions que les pouvoirs publics confient aux associations. Celles-ci agissent dans le cadre de conventions, de contrats et de politiques publiques. Il est donc indispensable que l’État et les collectivités assument pleinement leurs engagements.
La pétition a pour vocation de montrer que cette préoccupation est largement partagée par les citoyens. Aujourd’hui, elle a déjà recueilli plus de 30 000 signatures et nous espérons poursuivre cette dynamique. Plus la mobilisation sera importante, plus il sera difficile d’ignorer l’alerte que nous lançons aujourd’hui.
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« Et si non arrêtions vraiment ? », une pétition pour interpeller les pouvoirs publics
L’Uniopss a lancé le 6 octobre 2026 une pétition nationale intitulée « Et si nous arrêtions vraiment ? ». Face à la baisse des financements publics et au projet de loi de finances (PLFSS 2027), ce texte alerte sur la survie des associations de solidarité et a déjà rassemblé plus de 30 000 signatures.
Objectifs de la pétition
- Garantir les moyens d’agir : refuser que les besoins sociaux croissants soient traités avec des budgets en baisse.
- Mesurer les conséquences budgétaires : alerter sur la disparition des accompagnements, des places d’hébergement et des emplois.
- Faire de la solidarité une priorité : rappeler que protéger, soigner et accompagner sont des piliers essentiels de la société.
- Donner aux professionnels les moyens d’exercer correctement leurs missions : exiger des moyens adaptés et des conditions dignes pour les salariés et bénévoles du secteur
Pour signer la pétition, cliquez ici
Stéphane Lenoir : « On ne peut pas indéfiniment faire plus avec moins »
