vih VIH : chez les jeunes, les idées reçues alimentent la sérophobie

24.03.26
Nicolas Gateau
4 min
Visuel VIH : chez les jeunes, les idées reçues alimentent la sérophobie

Peurs infondées, confusions sur les modes de transmission, malaise face aux personnes séropositives : les idées reçues sur le VIH restent tenaces chez les jeunes. Un sondage OpinionWay pour Sidaction révèle un décalage persistant entre les avancées scientifiques et les perceptions sociales du virus.

Peut-on attraper le VIH en embrassant une personne concernée ? À cette question, une part importante des jeunes Français répond encore oui. Selon un sondage OpinionWay pour Sidaction mené auprès de 1 516 jeunes de 15 à 24 ans, les représentations erronées autour du VIH restent largement répandues. Elles nourrissent une forme persistante de sérophobie, faite de peurs, de malaises et de stigmatisation à l’égard des personnes vivant avec le virus.

Paradoxalement, les jeunes se disent plutôt bien informés, puisque près des trois quarts estiment disposer d’un niveau d’information suffisant sur le VIH, ses modes de transmission, ses traitements et sa prévention (74 %, en recul de 15 points depuis 2009). Pourtant, derrière ce sentiment global se cachent des connaissances parfois très approximatives. Ainsi, si une large majorité sait qu’il existe aujourd’hui des traitements permettant de vivre avec le virus (82 %), leur fonctionnement reste mal compris et la réalité d’une maladie devenue chronique reste mal appréhendée. Près de quatre jeunes sur dix pensent par exemple qu’il existe des médicaments permettant d’en guérir (39 %) ou encore qu’un vaccin existe contre la transmission du VIH (39 %).

Les idées fausses ne concernent pas seulement les traitements, mais aussi les populations touchées. Un jeune sur cinq estime que le sida ne concerne que les homosexuels et les toxicomanes (21 %). Dans la même proportion, certains pensent qu’il est possible d’identifier une personne séropositive en l’observant attentivement (20 %).

Ces représentations s’accompagnent d’un sentiment d’éloignement du risque. La majorité des jeunes ne se sentent pas directement concernés par la maladie : 69 % jugent peu probable de contracter eux-mêmes le virus. Cette perception d’invulnérabilité est renforcée par une autre idée répandue : près d’un jeune sur deux pense qu’il y a aujourd’hui moins de contaminations chez les 15-24 ans en France (48 %).

Des idées fausses qui nourrissent les peurs

La confusion est encore plus marquée lorsqu’il s’agit des modes de transmission. Trois jeunes sur quatre pensent que le VIH peut être transmis lors d’un rapport sexuel non protégé avec une personne séropositive sous traitement (77 %), alors même que les traitements actuels permettent de rendre la charge virale indétectable et suppriment de facto tout risque de transmission.

D’autres croyances persistent, révélant une méconnaissance importante du virus. Près de quatre jeunes sur dix pensent que le VIH peut se transmettre en embrassant une personne séropositive (39 %). Ils sont également nombreux à évoquer des situations sans risque réel : 29 % citent le fait de boire dans le même verre, 29 % le contact avec la transpiration, 27 % le partage d’une assiette.

77 %
Trois jeunes sur quatre pensent que le virus peut être transmis lors d’un rapport sexuel non protégé avec une personne séropositive sous traitement
58 %
des jeunes déclarent qu’ils seraient mal à l’aise dans au moins une situation impliquant une personne séropositive dans leur entourage
66 %
Deux jeunes sur trois considèrent que le fait de savoir si une personne est séropositive ou non constitue un critère important pour décider de se lancer dans une relation

Ces idées reçues s’accompagnent d’un ressenti très marqué face à la séropositivité. Si les jeunes apprenaient leur propre séropositivité, neuf sur dix déclarent qu’ils ressentiraient de la peur (90 %) et plus d’un sur deux de la honte (56 %), deux sentiments en hausse par rapport à la précédente enquête (respectivement en hausse de 4 et 5 points par rapport à 2025). Autant de signes que la maladie reste associée à une forte charge symbolique et sociale.

Malaise et méfiance face aux personnes séropositives

Cette méconnaissance alimente des attitudes de méfiance à l’égard des personnes vivant avec le VIH. Ainsi, 39 % des jeunes estiment qu’une personne séropositive sous traitement peut représenter un danger pour les autres, en hausse de 11 points depuis l’année dernière. Cette crainte se renforce dans certaines situations professionnelles : 44 % jugent qu’une personne séropositive exerçant un métier de santé peut être dangereuse, et 39 % pensent la même chose pour les professions d’aide à la personne ou de la petite enfance.

Le malaise apparaît aussi dans la vie quotidienne. Au total, 58 % des jeunes déclarent qu’ils seraient mal à l’aise dans au moins une situation impliquant une personne séropositive dans leur entourage. Dans la sphère intime, ces perceptions pèsent également sur les relations. Deux jeunes sur trois considèrent que connaître le statut sérologique d’une personne est un critère important pour envisager une relation sentimentale (66 %).

Au-delà de ces représentations, le sondage révèle ainsi un décalage persistant entre les avancées scientifiques et les perceptions sociales du VIH. Si les traitements ont profondément transformé la réalité de la maladie, les idées reçues continuent de façonner le regard porté sur les personnes séropositives. Un décalage qui souligne l’importance de poursuivre et renforcer les efforts de prévention et d’information et, surtout, la lutte contre la sérophobie. 🟥

OpinionWay pour Sidaction, Enquête auprès des jeunes, mars 2026
OpinionWay pour Sidaction, Enquête auprès des jeunes, mars 2026
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