vih A Marseille, faire circuler les savoirs pour mieux lutter contre le VIH

19.10.26
Maëlle Boudet
8 min
Visuel A Marseille, faire circuler les savoirs pour mieux lutter contre le VIH

Comment mieux répondre aux défis posés par l’épidémie de VIH ? En faisant dialoguer chercheur·euses et celles et ceux qui accompagnent les personnes concernées au quotidien. Organisées le 7 octobre à Marseille par Sidaction, les Rencontres scientifiques et solidaires ont réuni une cinquantaine de participant·es autour d’un objectif commun : rapprocher la recherche et les réalités du terrain pour construire des réponses plus pertinentes face aux enjeux posés par l’épidémie de VIH.

L’essentiel

  • À Marseille, les Rencontres scientifiques et solidaires de Sidaction ont rassemblé une cinquantaine de participant·es autour d’un objectif : rapprocher recherche et action associative dans la lutte contre le VIH.
  • Santé mentale des personnes LGBTQIA+, discriminations, accès aux droits, parcours trans, logement ou recherche communautaire : les échanges ont montré que la santé ne se résume pas à la prise en charge médicale.
  • Au fil du programme, chercheur·euses et associations ont défendu une même conviction : les personnes concernées doivent être pleinement associées à la production des connaissances et des réponses de santé publique.

Chercheur·euses, associations, professionnel·les de santé et militant·es étaient réuni·es le 7 octobre au Campus Biaggi de Marseille à l’occasion des Rencontres scientifiques et solidaires organisées par Sidaction. Devant une cinquantaine de participant·es, cette édition régionale poursuivait la même ambition que celle organisée par Sidaction l’année dernière à Lyon : créer un espace de dialogue entre le monde de la recherche et les acteur·rices de terrain de la lutte contre le VIH.

Tout au long de l’après-midi, les interventions se sont ainsi fait écho. Les travaux scientifiques ont nourri les échanges avec les associations, tandis que les expériences du terrain ont permis d’interroger les priorités de la recherche et les conditions concrètes de mise en œuvre des politiques de santé. Une manière de rappeler que la lutte contre le VIH ne se joue efficacement qu’à la croisée des savoirs scientifiques, de l’expertise médicale et de l’expérience des acteur·rices engagé·es dans l’accompagnement social, l’accès aux droits et la lutte contre les discriminations.

Prendre soin des personnes LGBTQIA+

Cette articulation entre recherche et action de terrain a traversé l’ensemble des séquences de la rencontre. La première était consacrée à l’accompagnement des personnes LGBTQIA+.

Gabriel Girard, chargé de recherche au SESSTIM, et Sasha Gehin, médiatrice en santé au Centre LGBTQIA+ de Marseille, ont présenté les travaux du projet – soutenu par Sidaction – ICOMED-LGBTQI+ (Interventions Communautaires de Médiation en santé mentale et santé sexuelle pour les minorités sexuelles et de genre), qui documente les interventions communautaires de médiation en santé mentale et en santé sexuelle. Erwann Le Hô, coordinateur du Centre LGBTQIA+ Côte d’Azur, participait également aux échanges.

Les discussions ont mis en lumière les effets délétères du stress minoritaire, des discriminations et des LGBTphobies sur la santé mentale des personnes concernées. Elles ont également souligné l’importance des approches communautaires pour accompagner des publics parfois éloignés du système de soins et mieux prendre en compte leurs réalités de vie.

Dans un second temps, Patrizia Carrieri, ingénieure de recherche au SESSTIM, a présenté les résultats de l’étude ELICSIR portant sur les cannabinoïdes et la résistance à l’insuline chez des personnes co-infectées par le VIH et le VHC. Les résultats montrent que la présence de certains métabolites du THC était associée à une moindre probabilité de résistance à l’insuline. Pas de quoi conclure que le cannabis protège du diabète : l’étude met en évidence une association, et non un lien de causalité. Pour la chercheuse, « ce résultat nous donne de nouvelles pistes pour étudier le comportement et le rôle des cannabinoïdes ».

Discriminations, logement et accès aux droits : les déterminants sociaux au cœur des échanges

Si les avancées biomédicales ont profondément transformé la prise en charge du VIH, les échanges ont également rappelé que l’état de santé dépend largement de facteurs sociaux. Les deux tables rondes consacrées aux femmes vivant avec le VIH puis à l’accès aux droits et au logement ont ainsi mis en lumière une réalité bien connue des associations : l’efficacité des traitements ne suffit pas à garantir des conditions de vie satisfaisantes.

Marjorie Mailland, coordinatrice du Réseau Santé Marseille Sud, a notamment présenté les données de l’Observatoire de la sérophobie fondé par son association. Depuis sa création, l’observatoire des discriminations a recueilli 76 situations d’exclusion, dont 46 dans le domaine des soins. Refus de soins, propos déplacés ou atteintes à la confidentialité témoignent de la persistance de la sérophobie, y compris au sein du système de santé. Derrière ces signalements : de la colère, un sentiment d’injustice, mais aussi une confiance entamée envers les institutions.

La question des conditions de vie a prolongé cette réflexion. Les échanges ont porté sur les difficultés administratives, l’accès au logement et la précarité, autant de facteurs qui influencent directement les parcours de santé.

Friederike Spernol, coordinatrice de l’antenne marseillaise de Solidarité Enfants Sida (Sol en Si), a rappelé les conséquences de l’instabilité résidentielle ou administrative sur la vie quotidienne des personnes vivant avec le VIH, et sur celle de leurs enfants.

Chez Sol en Si, qui accompagne à Marseille des familles touchées par le VIH, les difficultés administratives occupent une place grandissante. En 2025, 25 % des 120 familles suivies attendaient une régularisation, contre 7 % en 2019. Les questions liées au séjour représentaient 38 % des entretiens sociaux, contre 20 % six ans plus tôt. Un document qui tarde à être délivré, et c’est parfois un emploi, des ressources ou un logement qui disparaissent. En 2025, vingt familles accompagnées par l’association, représentant 64 enfants, étaient en attente d’un logement stable.

Ces difficultés ne sont pas sans conséquence sur la santé. Une étude présentée par Friederike Spernol lors de la rencontre rappelle en effet le lien entre absence de domicile et difficultés à obtenir une suppression virale. « On a toujours du mal à défendre le fait que oui, on peut se soigner, mais il y a aussi les conditions de vie », observe Marjorie Mailland. Car la continuité des soins dépend aussi de la possibilité de vivre dans des conditions dignes.

Parcours trans : construire les réponses avec les personnes concernées

La dernière séquence de la rencontre s’est intéressée aux parcours trans et à la place des communautés dans la production des connaissances.

Margot Annequin, post-doctorante au SESSTIM, a présenté les résultats de l’enquête Trans&VIH. Soutenue par l’ANRS et Sidaction, cette étude a été menée auprès de 508 femmes trans vivant avec le VIH, suivies à l’hôpital en France entre 2020 et 2022. L’enquête a été construite et menée avec des associations communautaires, Acceptess-T notamment.

Les résultats mettent en évidence une forte précarité au sein de cette population clé : 69 % des participantes disposaient de 1 000 euros ou moins par mois et 30 % ne possédaient pas de titre de séjour. Près d’une participante sur quatre (23 %) rapportait par ailleurs avoir subi des discriminations de la part de professionnel·les de santé.

Ces difficultés se répercutent directement sur les parcours de soins. Ainsi 88 % des participantes présentent une charge virale indétectable, contre 94 % pour l’ensemble des personnes vivant avec le VIH en France (pour un seuil <50/mm3, en 2023). Là encore, les obstacles administratifs et l’accès aux droits apparaissent comme des déterminants majeurs de la santé : l’étude montre en effet que l’absence de couverture maladie ou de papiers correspondant au genre vécu fragilise le maintien dans les soins.

Pour conclure la rencontre, Perrine Roux, présidente de Nouvelle Aube et directrice de recherche au SESSTIM, a présenté Icône 2, un projet de recherche interventionnelle sur le dépistage de l’hépatite C et du VIH mené auprès de personnes usagères de drogues. Sa spécificité ? L’étude s’appuie sur le recrutement par les pairs (méthode RDS ou Respondent-Driven Sampling) pour aller vers les personnes, identifier les infections et faciliter l’accès au soin. L’expérience d’Icône 2 montre tout l’intérêt de travailler avec les personnes concernées pour atteindre des publics éloignés du soin, recueillir des données plus pertinentes et améliorer la cascade de soins du VHC parmi les usagers de drogues.

En réunissant chercheur·euses et acteur·rices associatif·ves autour d’une même table, les Rencontres scientifiques et solidaires ont ainsi illustré une conviction largement partagée : les réponses les plus efficaces naissent de la complémentarité des expertises. C’est de ce dialogue permanent entre production de connaissances et expérience du terrain que peuvent émerger des réponses adaptées aux défis actuels de la lutte contre le VIH. 🟥

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