Reçu demain par Aurore Bergé, la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Christophe Paco veut faire de son combat contre la sérophobie une cause nationale. Après avoir entamé une grève de la faim pour dénoncer les discriminations, le harcèlement et les menaces auxquelles il a été confronté en raison de sa séropositivité, Il attend de cette réunion au ministère des engagements concrets en faveur d’une meilleure protection des personnes vivant avec le VIH.
Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer ce qui vous a conduit à porter cette proposition de loi contre la sérophobie ?
Je m’appelle Christophe Paco, j’ai 54 ans et je vis à Reims. Ce projet est né d’une expérience personnelle : j’ai été victime de sérophobie après avoir confié ma séropositivité à une voisine avec laquelle j’entretenais de très bonnes relations. Par la suite, une personne de son entourage a diffusé cette information de manière malveillante. Mon statut sérologique a été utilisé comme une arme pour me nuire, jusque dans ma vie quotidienne et dans mes engagements bénévoles auprès des personnes en situation de précarité.
La situation a progressivement dégénéré. J’ai subi des actes de harcèlement, des humiliations et des comportements destinés à m’isoler. À force d’accumuler les violences psychologiques, j’ai fini par craquer. Lorsque des signalements ont été effectués, ils n’ont pas été pris en compte à la hauteur de ce que je vivais. C’est ce sentiment d’abandon qui m’a conduit à réfléchir à un dispositif législatif permettant de mieux protéger les personnes vivant avec le VIH.
Pourquoi considérez-vous qu’une loi spécifique est aujourd’hui nécessaire ?
Cette réflexion est née d’un constat partagé par de nombreuses personnes vivant avec le VIH. Lorsque l’on apprend sa séropositivité, le premier conseil que l’on reçoit est souvent : « Taisez-vous. » C’est une réalité que j’ai entendue à de multiples reprises. Par peur du regard des autres, de la discrimination ou du rejet, beaucoup préfèrent cacher leur statut sérologique.
L’idée de cette proposition est simple : chacun·e doit être libre de parler ou non de sa séropositivité. En revanche, lorsqu’une personne divulgue cette information pour porter atteinte à quelqu’un, l’humilier ou l’exclure, cela doit être reconnu comme une circonstance aggravante. Le but n’est pas seulement de sanctionner, mais aussi de libérer la parole. Aujourd’hui encore, près de 180 000 personnes vivent avec le VIH en France. Il est temps qu’elles puissent s’exprimer sans avoir à se cacher.
Qu’attendez-vous de votre rencontre avec Aurore Berger ?
Le mandat d’Emmanuel Macron arrive à son terme et je souhaite que la France démontre qu’elle reste fidèle à son engagement en faveur des droits humains. Pour moi, il ne s’agit pas d’ouvrir une nouvelle réflexion qui durerait plusieurs années, mais d’aboutir à une décision concrète et rapide.
Ce que j’attends, c’est un engagement clair pour que ce que j’ai vécu ne puisse plus se reproduire.
Quel message souhaitez-vous adresser aux pouvoirs publics ?
Je souhaite que la sérophobie soit enfin reconnue pour ce qu’elle est : une discrimination réelle, avec des conséquences très concrètes sur la vie des personnes concernées. Je ne demande pas des promesses ou des déclarations de principe. J’attends un engagement ferme, accompagné de mesures applicables et effectives rapidement.
Je suis conscient que de nombreuses associations et de nombreux acteurs et actrices de la lutte contre le VIH travaillent sur ces questions depuis des décennies. Je m’appuie pleinement sur leur expertise et sur leur histoire. Mon rôle est simplement de porter une parole issue de mon vécu et de rappeler l’urgence d’agir.
Ce que j’aimerais entendre, c’est une phrase simple : avant la fin de ce mandat, la France reconnaîtra la sérophobie et mettra en œuvre les moyens nécessaires pour la combattre. Au-delà de mon histoire personnelle, il s’agit d’envoyer un message à toutes les personnes vivant avec le VIH : elles ont leur place dans la société, elles n’ont pas à avoir honte, et elles doivent être protégées lorsque leur statut sérologique est utilisé contre elles.
« La sérophobie doit enfin être reconnue pour ce qu’elle est : une discrimination réelle. »
