vih AFRAVIH 2026 : malgré les reculs, les acteurs de la lutte contre le VIH toujours mobilisés

06.05.26
Nicolas Gateau
0 min
Visuel AFRAVIH 2026 : malgré les reculs, les acteurs de la lutte contre le VIH toujours mobilisés

À l’occasion du congrès AFRAVIH 2026, organisé à Lausanne du 4 au 7 mai, les acteurs francophones engagés dans la lutte contre le VIH se réunissent pour partager connaissances, pratiques et avancées scientifiques. Sidaction contribue activement aux échanges en valorisant ses activités et celles de ses partenaires, notamment celles cofinancées par l’Agence française de Développement (AFD) dans le cadre du programme TREMPLINS 2. Nos comptes rendus.

  • Lors de la session « Communautés et innovations en santé » du congrès AFRAVIH 2026, mardi 5 mai au matin, Marine Lalique, responsable suivi-évaluation à Sidaction, a présenté les résultats d’une enquête inédite sur la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH (PVVIH), menée par Sidaction – dans le cadre du programme TREMPLINS II – en partenariat avec cinq associations d’Afrique de l’Ouest, centrale et de l’Est.

    Réalisée auprès de 1 739 patient·es suivis dans des structures communautaires en Côte d’Ivoire (Centre SAS, Espace confiance), au Togo (EVT), au Cameroun (Horizons Femmes) et au Burundi (SWAA Burundi), cette étude vise à documenter, au-delà des indicateurs médicaux, le vécu global des personnes vivant avec le VIH. « Avec l’accès aux traitements, le VIH est devenu une maladie chronique. Mais vivre avec le VIH continue d’avoir des impacts multiples sur la vie quotidienne », a souligné Marine Lalique, évoquant notamment les effets secondaires, les difficultés relationnelles, les stigmates ou encore l’anxiété liée à la maladie.

    L’enquête s’appuie sur une méthodologie structurée, reposant sur l’échelle ProQOL-HIV, un outil validé qui mesure la qualité de vie selon quatre dimensions, évaluées sur 100: la santé physique, les relations sociales et intimes, le bien-être émotionnel et le rapport au traitement. Administré par des acteurs communautaires dans les centres associatifs, le questionnaire a permis de recueillir des données à la fois quantitatives et contextuelles, intégrant des variables socio-économiques, médicales et démographiques.

    Les résultats montrent un niveau global de qualité de vie relativement élevé, avec un score moyen de 86,2 sur 100, traduisant une perception globalement positive chez les personnes interrogées. Les dimensions liées à la santé physique (90,9) et aux relations sociales et intimes (89,9) apparaissent particulièrement satisfaisantes.

    En revanche, l’étude met en lumière des fragilités importantes, notamment sur le plan émotionnel : le score de bien-être psychologique et des inquiétudes liées à la santé chute à 78, faisant de cette dimension la plus vulnérable. De même, le rapport au traitement, bien que globalement positif, révèle des difficultés persistantes pour une partie des personnes interrogées (85,8).

    L’analyse des facteurs associés confirme par ailleurs le poids des déterminants sociaux et médicaux. La précarité économique, la présence de comorbidités, une découverte récente de séropositivité ou encore le sentiment de ne pas être acteur de son parcours de soins sont autant d’éléments liés à une moindre qualité de vie.

    L’étude souligne également des inégalités marquées : les jeunes, les femmes et les personnes appartenant à des populations clés – notamment les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et les personnes transgenres – présentent des niveaux de qualité de vie plus faibles.

    Au-delà des résultats, cette enquête se veut aussi un outil de renforcement des capacités des associations partenaires. Elle ouvre la voie à une appropriation des méthodologies d’évaluation et à une meilleure intégration des enjeux de qualité de vie dans les stratégies de prise en charge. « L’objectif est désormais d’approfondir ces analyses avec les acteurs concernés et de diffuser largement ces outils auprès d’autres structures », a conclu Marine Lalique.

    Ces travaux rappellent ainsi que la réponse au VIH ne peut se limiter aux seuls indicateurs biologiques et qu’elle doit pleinement intégrer les dimensions sociales, psychologiques et structurelles qui façonnent le vécu des personnes concernées.

    Session: Communautés et innovations en santé  (S5)

  • À l’occasion du congrès AFRAVIH 2026, Anne Susset, coordinatrice des programmes internationaux de Sidaction, présente – sur un poster – un outil  développé dans le cadre du programme TREMPLINS 2 : le référentiel de la qualité de l’accueil, conçu pour renforcer durablement les capacités des structures de santé et communautaires.

    Cet outil répond à un enjeu central de la riposte au VIH : l’accès effectif au dépistage et au soin des populations les plus vulnérables. Si de nombreux pays progressent vers les objectifs internationaux, l’épidémie se concentre désormais sur des publics plus difficiles à atteindre, souvent confrontés à la stigmatisation et aux discriminations. Dans ce contexte, comme le précise Anne Susset, « il est essentiel que les personnes osent franchir la porte » des structures de santé.

    Co-construit avec des partenaires associatifs d’Afrique de l’Ouest et du Centre lors d’un atelier organisé à Yaoundé, le référentiel repose sur une approche participative et ancrée dans les réalités de terrain. L’ambition : définir collectivement ce qui constitue un accueil de qualité, fondé sur l’inclusivité, le non-jugement et le respect des personnes.

    Loin de se limiter au premier contact, l’accueil est envisagé dans une acception globale, englobant l’ensemble des interactions entre les équipes et les bénéficiaires. « L’accueil, c’est le premier soin » rappellent les acteurs associatifs, soulignant qu’une mauvaise expérience peut entraîner une rupture du parcours de santé et une perte de suivi.

    Concrètement, le référentiel se présente comme un outil d’auto-évaluation structuré, permettant d’analyser les pratiques à travers plusieurs dimensions clés : environnement, confidentialité, organisation, communication ou encore ressources humaines. Il offre aux structures un cadre pour identifier leurs forces, repérer leurs marges de progression et mettre en œuvre des actions d’amélioration adaptées.

    Au-delà du diagnostic, cet outil vise à transformer en profondeur les pratiques professionnelles et à favoriser un accès plus équitable aux soins, notamment pour les populations les plus exposées aux discriminations. Ayant pour vocation a être diffusé, le référentiel Il s’inscrit dans une démarche de capitalisation, afin d’outiller un plus grand nombre d’acteurs de terrain.

    👉 Le référentiel est accessible en ligne et peut être mobilisé par l’ensemble des structures souhaitant améliorer la qualité de leur accueil.

    VIH – Populations clés, droits et engagement communautaire // Poster : PA143

  • Lors de la session « Financement en berne : rebondir » du congrès AFRAVIH 2026, Sabrina Cossais, responsable analyse de données chez Sidaction, a présenté les résultats d’une enquête approfondie sur l’impact des pratiques des bailleurs sur les associations partenaires de Sidaction en Afrique de l’Ouest et du Centre.

    Conduite de manière participative avec 28 associations, l’étude repose sur une méthodologie mixte combinant questionnaires anonymes en ligne, adressés à différents profils professionnels (direction et finances, programmes, personnel médical et psychosocial, gestionnaires des données), et focus groupes. Au total, plus de la moitié des quelque 450 personnes sollicitées ont répondu et 33 participant·es ont contribué à 8 entretiens qualitatifs, permettant de documenter les dynamiques à l’œuvre entre les bailleurs et les associations qui œuvre à la lutte contre le VIH en Afrique de l’Ouest et du Centre.

    Premier constat : une pression structurelle forte liée aux exigences des bailleurs, qui impacte directement l’organisation et les missions des équipes. Pour les personnels en gestion de données, la priorité n’est plus d’améliorer les projets mais de répondre aux exigences de reporting, avec près de 80 % déclarant ressentir une forte pression dans leur travail. Dans le champ médical et psychosocial, plus de 70 % des répondants jugent leurs conditions de travail insatisfaisantes, voire médiocres, et dénoncent un manque criant de moyens.

    L’enquête met également en évidence une relation partenariale déséquilibrée, marquée par un déficit de communication et de confiance. Près de deux tiers des associations évoquent un manque de confiance de leurs bailleurs – qui leur imposent par exemple des consultants – tandis que les concertations restent tardives et limitées : la moitié des associations ne sont par exemple pas consultés lors d’un changement de priorité des financements et seules 20 % des associations sont associées en amont des appels à projets, contre 42 % sollicitées a posteriori, lorsque les décisions sont déjà prises.

    Les pratiques diffèrent selon les types de bailleurs. Les bailleurs nationaux – les bailleurs gouvernementaux et les PNUD – sont critiqués pour la lourdeur de leurs procédures et leur tendance à privilégier les structures publiques, tandis que les bailleurs anglophones sont perçus comme particulièrement rigides, avec des exigences standardisées, peu compatibles avec les réalités de terrain. À l’inverse, les relations avec certains bailleurs francophones apparaissent plus fluides.

    Au-delà des enjeux organisationnels, les conséquences concrètes sur la prise en charge des bénéficiaires sont au cœur des préoccupations. Les variations – souvent à la baisse – des financements affectent directement les services proposés, mais aussi la motivation des équipes, fragilisées par des conditions salariales précaires. « On cherche à satisfaire coûte que coûte les bailleurs […]. C’est une fois sur  le terrain qu’on se rend compte que la planification qu’on eu a faire ne cadre pas avec les réalités », résume un participant de l’enquête.

    Face à ces constats, l’étude plaide pour un changement de paradigme. Parmi les principales recommandations : reconnaître l’expertise des organisations de la société civile (OSC), adapter et simplifier les procédures administratives, assurer des conditions de travail favorables et adéquates, anticiper les évolutions de financement et instaurer une communication plus horizontale, transparente et continue.

    Dans un contexte de contraction des financements internationaux, ces résultats rappellent l’urgence de repenser en profondeur les relations entre bailleurs et associations, afin de préserver la qualité des services et la résilience des acteurs de terrain, au cœur de la riposte au VIH.

    Les résultats et les recommandations détaillées de cette étude sont disponibles dans le rapport
    Repenser le rôle des bailleurs, élaboré par Sidaction avec ses partenaires.

    👉 Ce document propose des pistes concrètes pour faire évoluer les pratiques de financement, renforcer les relations de partenariat et mieux soutenir l’action des organisations de la société civile.

    📄 À consulter ici

    Session: Financement en berne : rebondir (S7)

  • Au Congrès de l’AFRAVIH 2026 à Lausanne, deux posters consacrés aux usagers de drogues au Burundi et en Côte d’Ivoire ont mis en lumière un levier commun et décisif : l’intervention communautaire par les pairs-éducateurs comme pilier de la réduction des risques (RDR) et de la lutte contre le VIH.

    Au Burundi, où la prévalence du VIH parmi les usagers de drogues injectables atteint 14,1 % (contre 0,9 % au niveau national), l’association Burundi Association of Pecple Who Use Drugs (BAPUD) a déployé en 2024 le projet « Umwizero » (« espoir »), soutenu par Sidaction. Face aux difficultés d’adhésion au traitement, l’organisation a réorienté sa stratégie vers une prise en charge personnalisée portée par des pairs vivant eux-mêmes avec le VIH. Cette approche a permis d’accompagner efficacement les usagers les plus marginalisés, souvent éloignés du système de santé. « On a vu que c’était une stratégie qui nous permettait d’avoir plus de résultats », explique Eric Nsengiyumva, le coordinateur du BAPUD au Burundi. Dans le cadre de ce projet, les équipes de BAPUD ont sensibilisé 4 241 UDI, dont 1 398 ont accepté le dépistage volontaire du VIH. Les résultats ont révélé 79 cas positifs, dont 63 nouveaux cas et 16 personnes connaissant déjà leur statut mais ayant interrompu leur traitement ARV. Résultat marquant : les 79 personnes identifiées comme séropositives ont été maintenues sous traitement, atteignant un taux de rétention dans le soin 100 %.

    Au-delà des chiffres, le modèle repose sur une relation de confiance et de proximité. « Ce sont eux l’élément moteur de la réponse », insiste le coordinateur, soulignant le rôle central de pairs éducateurs capables d’identifier, d’accompagner et de suivre les usagers de drogues au plus près du terrain. Dans un contexte marqué par la stigmatisation et l’absence de certains services clés – comme les programmes d’échange de seringues – cette approche communautaire apparaît comme une solution pragmatique et efficace. Elle a d’ailleurs commencé à inspirer les politiques nationales et d’autres organisations travaillant avec des populations clés.

    En Côte d’Ivoire, le poster présenté par l’association Paroles Autour de la Santé met en lumière un autre enjeu majeur : la résilience face à la baisse des financements internationaux. À Abidjan, l’arrêt brutal de nombreux programmes a laissé les usagers sans services. « Plus d’activités, plus de dépistage, plus de référencement… la population était laissée à elle-même », témoigne Félicien Tia, le coordonnateur de l’association. Dans ce contexte critique, l’association a maintenu des interventions de proximité dans les fumoirs, combinant dépistage, soins de base et distribution de matériel stérile.

    L’efficacité des interventions de Paroles autour de la Santé a notamment reposé sur des modalités d’entrée adaptées, comme les « soins capillaires », permettant de recréer du lien avec des publics très précarisés. Plus de 3 300 usagers ont ainsi été sensibilisés, et 475 dépistés, dont 13 usagers de drogues injectables (UDI) positifs mis sous traitement. Par ailleurs, plus 4000 seringues stériles ont été distribuées (pour près de 3900 seringues usées récupérées) et 135 usagers injecteurs de drogues ont été formés sur les bonnes pratiques d’injection.

    Là encore, la clé du succès tient au travail du pairs-éducateurs : « Sans nos pairs éducateurs, nous n’aurions pas atteint ces objectifs », affirme Félicien Tia, qui les décrit comme « nos piliers […] capables de toucher les usagers dans les confins les plus reculés ».

    Les deux expériences convergent vers un constat fort : les organisations communautaires et les pairs-éducateurs sont indispensables pour atteindre les usagers de drogues, garantir la continuité des soins et réduire les risques de contamination au VIH. Elles montrent aussi que sans financement durable et reconnaissance institutionnelle, ces approches restent fragiles.

    Dans des contextes différents, Burundi et Côte d’Ivoire illustrent ainsi une même réalité : pour lutter efficacement contre le VIH, aller vers les populations les plus vulnérables n’est pas une option, mais une nécessité.

    VIH – Populations clés, droits et engagement communautaire // Poster : PA132 et PA158

  • À l’occasion de la conférence AFRAVIH 2026, les organisateur de la conférences ont lancé l’Appel de Lausanne, un plaidoyer en faveur d’une remobilisation urgente face aux menaces qui pèsent sur la lutte contre le VIH.

    Dans un contexte marqué par des coupes budgétaires, des crises géopolitiques et des reculs des politiques de santé, les signataires alertent sur le risque réel d’un retour en arrière, avec une possible recrudescence des infections et des décès liés au VIH pour la première fois depuis plusieurs décennies.

    Le texte souligne également les inégalités persistantes d’accès au dépistage, aux traitements et à la prévention, malgré les avancées scientifiques majeures qui permettent aujourd’hui de contrôler efficacement l’épidémie.

    Dans ce contexte, l’Appel de Lausanne plaide pour un renforcement des financements, une protection accrue des droits des populations les plus exposées et un soutien durable aux acteurs communautaires, indispensables à la riposte.

    Plus qu’un constat, cet appel se veut un signal de ralliement international, invitant gouvernements, bailleurs, institutions et société civile à intensifier leurs efforts pour mettre fin au VIH, ainsi qu’aux hépatites virales.

    👉 Professionnels de santé, acteurs associatifs, citoyens engagés : il est encore temps de se mobiliser. Signez l’Appel de Lausanne et contribuez à défendre une réponse globale, équitable et durable face au VIH.

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