vih Rhiviera : De nouvelles avancées dans la voie de la rémission

12.06.26
Angeline Rouers
6 min
Visuel Rhiviera : De nouvelles avancées dans la voie de la rémission

Deux nouvelles études issues du consortium Rhiviera, publiées en février 2026 dans Nature Communications, apportent de nouveaux éclairages sur les mécanismes de contrôle du VIH. Menées chez le macaque, elles identifient des marqueurs virologiques et immunologiques susceptibles de prédire la capacité à contrôler l’infection après l’arrêt du traitement.

L’essentiel

  • Des marqueurs virologiques, notamment la quantité de provirus dans les ganglions, pourraient permettre de prédire la capacité à contrôler l’infection avant même l’arrêt du traitement.
  • Le traitement précoce joue un rôle clé en limitant les réservoirs viraux et en renforçant l’efficacité des lymphocytes T CD8.
  • Certains macrophages intestinaux et un profil immunitaire faiblement inflammatoire sont associés au contrôle durable de l’infection après interruption du traitement.

Le consortium Rhiviera a publié deux nouvelles études dans la revue Nature Communications en février 2026. Engagés dans la recherche de solutions innovantes pour permettre la rémission du VIH, les scientifiques du consortium ont découvert de nouveaux marqueurs biologiques associés au contrôle de l’infection par le SIV, l’équivalent du VIH chez le macaque.

L’étude VISCONTI au cœur de récentes découvertes

VISCONTI est une étude portée par le consortium Rhiviera. Elle apporte une preuve de concept qu’un contrôle de l’infection par le VIH, après un arrêt des traitements, est possible. Cette étude est à la base de nombreuses autres recherches, comme la mise en place des essais cliniques Rhiviera en 2023.

En parallèle, la sous-étude pVISCONTI transpose ces travaux au modèle simien, basé sur l’infection par le SIV, l’équivalent du VIH chez les primates non humains. Les résultats de ces travaux ont montré, comme chez l’humain, que la mise en place précoce du traitement (dans les quatre semaines suivant l’infection) favorise la capacité à contrôler l’infection après l’interruption du traitement.

« Dans cette publication, nous avions déjà démontré le rôle des lymphocytes T CD8 dans le contrôle de l’infection », souligne Asier Saez Cirion, chercheur à l’Institut Pasteur de Paris et porteur du consortium Rhiviera, en ajoutant : « Certaines questions restent cependant ouvertes, notamment concernant les mécanismes précis du contrôle, leur mise en place, ou encore les conséquences de ce contrôle dans le temps. »

Des marqueurs pour prédire le contrôle de l’infection avant même l’arrêt du traitement

Les récents travaux publiés tous deux dans Nature Communications en février 2026 apportent de nouveaux éléments de réponse. La première étude s’est intéressée au réservoir viral des macaques de pVISCONTI, infectés par le SIV puis traités quelques semaines plus tard pendant 24 mois, avant d’interrompre le traitement. À la suite de cette interruption, certains macaques ont contrôlé l’infection et d’autres non. L’objectif des chercheurs était d’identifier un ou plusieurs marqueurs virologiques permettant de différencier ces deux groupes et, potentiellement, de prédire leur capacité à contrôler l’infection.

Résultat : les chercheurs ont observé que le provirus (forme du VIH/SIV intégrée dans le génome) est présent en moindre quantité dans les ganglions des animaux qui deviendront des contrôleurs, et ce avant même l’interruption du traitement. Or, les ganglions font partie des principaux réservoirs viraux, des sites difficiles à atteindre et constituant aujourd’hui un obstacle majeur à la rémission. Cette différence de quantité de provirus a également été observée dans le sang après l’arrêt du traitement.

D’un point de vue immunologique, une plus faible quantité de provirus dans les ganglions chez les contrôleurs est corrélée à une meilleure capacité de suppression du SIV par les lymphocytes T CD8. Autant d’indices qui laissent penser que la période de traitement suivant l’infection prépare le système immunitaire en stimulant le pouvoir antiviral des lymphocytes CD8. En plus de limiter l’installation du virus dans les réservoirs, le système immunitaire est alors mieux armé pour contrôler l’infection lors de l’interruption du traitement.

Certains macrophages intestinaux joueraient un rôle dans le contrôle de l’infection

Une autre étude, menée également chez les macaques de pVISCONTI, s’est penchée sur l’immunité des muqueuses. Les chercheurs ont découvert qu’une population particulière de macrophages intestinaux (exprimant la molécule CX3CR1 à leur surface) est plus abondante chez les contrôleurs après l’interruption du traitement.

Ils suggèrent que cette différence participerait à la régulation de l’inflammation, aussi bien au niveau des muqueuses que dans le sang. En effet, en plus de l’augmentation des macrophages CX3CR1+ dans la muqueuse intestinale des macaques contrôleurs, les chercheurs ont observé une préservation des lymphocytes T CD4 ayant un rôle régulateur, ainsi qu’un niveau global d’inflammation plus faible (notamment au regard des cytokines produites). Le profil immunologique des macaques contrôleurs apparaît alors comparable à celui des macaques non infectés.

Des données pour développer de nouvelles stratégies de rémission du VIH

S’ils étaient confirmés chez l’humain, les résultats de ces deux études pourraient avoir des implications à plusieurs niveaux. D’abord en termes de suivi des personnes chez qui un traitement est initié précocement. La connaissance de marqueurs permettant de prédire le succès potentiel de l’interruption du traitement permettrait de mieux encadrer cette étape.

Ces nouvelles données montrent par exemple que la différence de provirus détectée entre contrôleurs et non-contrôleurs est observable très rapidement dans le sang après l’arrêt du traitement. Ainsi, une simple prise de sang permettrait d’anticiper un rebond viral, d’évaluer les chances de contrôle et d’adapter le suivi post-interruption.

Les résultats de l’étude portant sur les macrophages apportent des éléments complémentaires pour évaluer les capacités de contrôle de l’infection après l’interruption du traitement, et soulignent l’importance de préserver l’équilibre immunitaire au niveau de la muqueuse intestinale. Ils indiquent également que ce contrôle est associé à un profil faiblement inflammatoire, élément critique pour obtenir une rémission durable en l’absence de comorbidités.

D’autres données devraient prochainement compléter ces travaux : « Un autre article, encore en révision, devrait paraître prochainement. Cette étude montre l’influence des cellules NK dans le contrôle, en particulier leurs caractéristiques constitutives avant même l’infection », annonce Asier Saez Cirion.

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