En mars 2025, les CoReSS ont officiellement succédé aux COREVIH. Ce nouveau cadre élargit notamment leur champ d’action à la contraception, aux violences et à l’éducation sexuelle. Un an après la réforme, où en est-on de la mise en œuvre concrète ?
L’essentiel
- Les CoReSS remplacent les COREVIH avec une ambition : passer d’une approche centrée sur le VIH à une vision globale de la santé sexuelle, fondée sur la coordination des acteurs et des parcours.
- Un an après, la dynamique est lancée dans la plupart des régions mais le déploiement reste inégal, et les CoReSS doivent encore transformer la mise en réseau en actions concrètes.
- La réforme avance à moyens constants, créant des tensions sur le temps, les financements et les ressources humaines, qui conditionneront sa réussite à long terme.

Depuis mars 2025, les COREVIH ont laissé la place aux CoReSS (Comités régionaux de coordination de la santé sexuelle). Ce changement, acté par un décret du 3 juillet 2024 et un arrêté de janvier 2025, marque un élargissement de leur périmètre d’action : leur mission englobe désormais la contraception, les troubles de la sexualité, les violences sexuelles, l’éducation affective ou encore l’accompagnement complet des parcours de santé sexuelle.
« C’est l’aboutissement logique d’une série de mesures. L’idée est de passer à une approche globale et positive, centrée sur les droits, qui vient compléter l’expertise historique sur la gestion du risque VIH », explique Aïna Labarutias, chargée des parcours de prévention combinée et prise en charge au sein du bureau de la Santé sexuelle à la direction générale de la Santé (DGS). Leslie Lépront, adjointe au chef du bureau Santé sexuelle à la DGS, abonde : « Les pratiques et les populations évoluent. Il est donc essentiel d’adopter une vision globale de la santé sexuelle : il ne s’agit plus d’être uniquement centré sur le VIH, sans pour autant en minimiser l’importance ».
La réforme répond à une demande croissante de transversalité, notamment auprès des jeunes, des personnes LGBTQIA+ et des publics précaires qui nécessitent des réponses intégrées là où les COREVIH restaient trop spécialisés dans l’infectiologie. Les Agences régionales de santé (ARS) conservent la main sur le découpage territorial, avec au moins un CoReSS par région et potentiellement plusieurs selon les besoins locaux.
Un déploiement national à plusieurs vitesses
Sur le terrain, le mouvement a démarré dès le printemps 2025 dans plusieurs régions. En Île-de-France, les CoReSS ont été officiellement institués le 17 mars 2025 après un appel à candidatures qui a recueilli plus de 360 propositions, signe de l’intérêt des acteurs du territoire, qu’ils soient associatifs, hospitaliers, médico-sociaux ou engagés dans la prévention. Dans le Grand Est, la structuration s’est accompagnée d’un mois complet d’actions autour de la santé sexuelle, du 16 mai au 16 juin 2025, mobilisant plus de 200 initiatives locales.
« Un an après, nous pouvons dire que le déploiement des CoReSS est très bien avancé à l’échelle nationale et que la quasi-totalité des régions disposent aujourd’hui d’un CoReSS qui est installé », se félicite Leslie Lépront. Les premiers groupes de travail ont été mis en place, associant médecins de ville, équipes hospitalières, centres de santé sexuelle et associations. La dynamique nationale est donc bien engagée. Mais le déploiement reste inégal selon les territoires : certaines ARS ont avancé rapidement, quand d’autres sont encore en phase de structuration, avec des niveaux d’appropriation variables selon les réseaux locaux.
Une coordination pensée pour les publics vulnérables
L’atout majeur des CoReSS tient à leur composition volontairement plurielle (acteurs associatifs, hospitaliers, mutualistes, collectivités territoriales, services de l’État) censée créer des parcours fluides pour les publics les plus vulnérables : adolescents, personnes LGBTQIA+, migrants, personnes vivant avec le VIH, victimes de violences conjugales ou sexuelles. « On observe clairement un passage d’une approche centrée sur le VIH vers une vision plus globale de la santé sexuelle, ce qui constitue une évolution très positive », souligne Laurence Bonnamour, infirmière en CeGIDD aux Hôpitaux Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône, sexologue et membre de la commission violences du CoReSS Lyon Vallée du Rhône.
« Cela marque un véritable tournant dans la prise en charge, en reconnaissant pleinement la santé sexuelle comme une composante de la santé globale, et en soulignant l’apport du travail en réseau dans cette évolution », confirme sa collègue Nadine Aubert, infirmière référente en plaies chroniques en CeGIDD.
Les CorReSS doivent désormais transformer cette mise en réseau en actions concrètes, qu’il s’agisse de dépistages, de formations croisées entre ville et hôpital ou de campagnes adaptées aux réalités locales. Leur enjeu sera surtout de prouver leur capacité à améliorer réellement la coordination entre acteurs.
Des contraintes structurelles fortes
Sur le terrain, plusieurs obstacles pourraient freiner cette dynamique. « Ce n’est pas tant une question d’argent que de temps : nous avons de plus en plus de formations, de webinaires, de réunions, et nous n’arrivons plus toujours à suivre. C’est très positif et très riche, mais cela demande d’investir du temps que nous n’avons pas », confie Laurence Bonnamour.
Marie Granger, coordinatrice du CoReSS Centre-Val de Loire, souligne, elle aussi, les effets de l’élargissement des missions: « Nous n’allons pas avoir plus de crédits, alors même que les missions se sont élargies. Nous sommes dans une contrainte budgétaire globale, avec des moyens qui restent constants alors que les besoins, eux, augmentent. Mais la réforme s’est faite à budget constant pour nos ARS ».
Cette tension sur les moyens se répercute directement sur les équipes chargées d’assurer la transition. Dans les faits, le passage des COREVIH aux CoReSS place l’ensemble des personnels de coordination, y compris les techniciens d’études cliniques (TEC), dans une situation précaire. Si l’existence de contrats hospitaliers pour les TEC semble faciliter leur transfert, la réalité se heurte à une dégradation de leurs conditions : perte d’ancienneté, baisses de salaire pour coller aux grilles publiques ou instabilité des contrats. Dans ce contexte, la continuité des équipes devient elle-même un enjeu, alors que la réforme exige davantage de coordination, de stabilité et de disponibilité.
Une réforme encore en construction
À ce jour, les CoReSS sont en place dans la plupart des territoires, mais leur fonctionnement reste encore en cours de structuration. Leur montée en charge progressive révèle des situations contrastées, liées à la diversité des réseaux existants et des priorités locales. Pour Yoann Conan, président du CoReSS Centre-Val de Loire, cette phase de structuration n’empêche pas un premier bilan encourageant « Le bilan de cette première année est positif : la réforme a su créer une synergie entre les acteurs locaux et redonner une dimension politique à la santé sexuelle. Le CoReSS nous permet de porter cette dernière comme un axe stratégique majeur des politiques publiques, et non plus uniquement sous l’angle médical ». Dans sa région, un important travail de cartographie et de mise en relation des acteurs a ainsi été engagé pour identifier les besoins, structurer les priorités et lancer progressivement les commissions thématiques.
Une dynamique qui repose toutefois sur un travail de coordination au long cours, comme le souligne Guillaume Gras, médecin infectiologue responsable du CeGIDD Colbert à Marseille et membre du bureau du CoReSS Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) : « Ces acteurs n’avaient pas l’habitude d’être coordonnés ni de percevoir le sens d’une telle démarche. Il faut nécessairement créer une confiance mutuelle. Le CoReSS doit organiser des formations, rassembler les professionnels et bâtir une dynamique territoriale solide. Cette étape demandera du temps ». 🟥
Santé sexuelle : un an après, les CoReSS à l’épreuve du terrain
