Le Bénin vient d’adopter une nouvelle loi de lutte contre le VIH, 20 ans après une première loi punitive et stigmatisante. Une avancée notable dans un contexte régional plus répressif envers les populations clés, mais dont la mise en œuvre reste fragilisée par la baisse des financements internationaux.
L’essentiel
- Le Bénin adopte une nouvelle loi VIH centrée sur les droits humains, qui met fin à l’approche punitive de 2006 et renforce la lutte contre la stigmatisation et la discrimination.
- Les populations clés sont désormais reconnues comme partenaires stratégiques de la riposte, avec des obligations élargies pour l’État en matière de prise en charge globale.
- La mise en œuvre de cette avancée reste menacée par les fortes coupes des financements internationaux, qui touchent particulièrement la prévention, le dépistage et l’accompagnement des jeunes et des associations.

Renforcer la prévention et la prise en charge et promouvoir les mesures de protection des personnes en matière de VIH Sida : la loi 2026-02 de la République du Bénin fixe dès les premiers articles ses objectifs. Promulguée en février dernier, elle remplace celle d’avril 2006 qui selon les termes de l’ONUSIDA qui a contribué à sa réforme, « permettait de nombreuses violations de la confidentialité, criminalisait les comportements liés au VIH et renforçait la marginalisation des populations clés ».
« Si on devait résumer cette loi, c’est vraiment tolérance zéro à la discrimination et la stigmatisation », explique Yasmine Ibrahim, chargée des questions égalité et droits pour tous à l’ONUSIDA au Bénin. « La précédente loi, détaille la médecin de santé publique rencontrée par Transversal à Cotonou, a été promulguée à une époque où le VIH signifiait la mort, où les ARV étaient loin d’être disponibles partout, donc la loi mettait surtout la responsabilité sur les personnes vivant avec le VIH pour ne pas transmettre la maladie et partager leur statut, en particulier avec son conjoint. Aujourd’hui, nous n’en sommes plus là: les personnes testées positives ont automatiquement droit aux ARV, les personnes sous traitement ont une espérance de vie semblable aux autres… donc cette loi était devenue caduque ».
Promulguée par Patrice Talon, alors président de la République du Bénin, le 9 février 2026, cette loi punit par exemple le licenciement pour cause de séropositivité ou la demande de test VIH pour accéder à un emploi d’une amende de 2 à 5 millions de CFA (3.000 à 7600 euros); de 500.000 CFA (760 euros) tout acte stigmatisant, discriminatoire, brimade, injures, humiliations à l’égard des personnes vivant avec le VIH ou encore la divulgation du statut sérologique. « Le nouveau texte est venu définir la notion de stigmatisation-discrimination, explique le Dr Yasmine Ibrahim, mais aussi la notion de populations clés, vulnérables. Elle définit clairement qu’il y a des populations à risques qui méritent plus d’attention ».
Promulguée par Patrice Talon, alors président de la République du Bénin, le 9 février 2026, cette loi punit par exemple le licenciement pour cause de séropositivité ou la demande de test VIH pour accéder à un emploi d’une amende de 2 à 5 millions de CFA (3.000 à 7600 euros); de 500.000 CFA (760€) tout acte stigmatisant, discriminatoire, brimade, injures, humiliations à l’égard des personnes vivant avec le VIH ou encore la divulgation du statut sérologique (jusqu’à 1500€). « Le nouveau texte est venu définir la notion de stigmatisation-discrimination, explique le Dr Yasmine Ibrahim, mais aussi la notion de populations clés, vulnérales. Elle définit clairement qu’il y a des populations à risques qui méritent plus d’attention ».
Les populations clés reconnues comme partenaires de la riposte
L’article premier cite ainsi comme « populations clés à risques élevés d’infection », « les professionnelles du sexe, les hommes ayants des relations sexuelles avec d’autres hommes, les personnes transgenres », les usagers de drogues injectables ou les détenus. Alors que le Sénégal vient de créer un délit de « promotion de l’homosexualité », les structures de la société civiles et les populations clés sont considérées dans la loi béninoise comme des « partenaires stratégiques », devant bénéficier de l’appui nécessaire afin de participer à la risposte nationale contre le VIH.
« Cela nous permet de travailler plus librement, conclut Yasmine Ibrahim, les chiffres sont là qui montrent des prévalences supérieures dans ces populations [i]. Si on veut atteindre l’élimination, on ne peut pas les mettre de côté ! ». Les obligations de l’Etat sont renforcées, ajoutent les représentants du CNLS-TP, le Conseil national de lutte contre le VIH-Sida, en citant plusieurs articles qui précisent le rôle de l’Etat dans la prise en charge et l’élargissent à tous les aspects, médical, social, psychologique, nutritionnel, matériel ou juridique.
Des ONG saluent un progrès… fragilisé par les coupes budgétaires
Sur le terrain, les ONG saluent la nouvelle législation. Pour Arsène Adiffon, directeur de l’association Racines, partenaire de longue date de Sidaction, « la loi de 2006 n’était pas en phase avec certains principes de santé publique, la nouvelle loi est venue la corriger et intégrer les droits humains : non stigmatisation, non discrimination, respect de la vie privée et protection des données ». « C’est une très bonne démarche qui va aider à éradiquer la stigmatisation que peuvent subir les patients vivant avec le VIH », complète le Dr Michèle Zomakpé, médecin chef de la clinique Racines qui prend en charge à Cotonou plus d’un millier de personnes vivant avec le VIH.
Si la nouvelle loi vise à atteindre l’objectif de l’élimination du sida d’ici 2030, son application dépendra beaucoup des financements disponibles. C’est ce qui inquiète Arsène Adifon, lui qui constate les conséquences pour une association comme Racines des coupes de l’aide internationale, en particulier américaine depuis l’arrivée de l’administration Trump.
« C’est une grand partie des activités du premier 95 qui a été supprimé [95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur état sérologique, l’un des objectifs fixés par l’ONUSIDA, ndlr]. Tout ce qui est communautaire et qui nous permet de faire des dépistages ciblés, avec un focus sur les populations clés, n’est plus vraiment financé. L’accès à la PrEP a été complètement réduit, voire supprimé. Tout ce qui est dépistage dans les zones à risques est supprimé, les dépistages lors des soirées festives ou dans les maisons closes, tout ce qui est orienté vers les populations clés, toutes ces cibles importantes dans la maîtrise de l’épidémie, c’est ce qui a été touché en premier par les coupes budgétaires. »
Prévention, jeunesse et accompagnement social en danger
Si la nouvelle loi insiste sur le dépistage et la prévention auprès des jeunes, ce volet a été touché de plein fouet par les restrictions budgétaires. Assis dans la salle de réunion vide de l’association Racines, Paterne Akossinou se désole: « Ici, on organisait des groupes de paroles avec des jeunes vivant avec le VIH ». Cet étudiant engagé, pair éducateur pour Racines, ambassadeur du réseau Grandir et vice-président de l’Association Béninoise des Jeunes pour l’épanouissement des plus vulnérables (ABEJEV) est né avec le VIH. Il animait une fois par mois un groupe de paroles mais seules deux séances ont eu lieu en 2025 et deux cette année : « Avec la coupe budgétaire, il y a eu ce qu’on appelle la repriorisation. Beaucoup d’activités qui bénéficiaient à beaucoup de jeunes sont aujourd’hui vraiment réduites, voire n’existent plus ».
Paterne sait combien ces discussions entre pairs sont importantes: « Les jeunes ont beaucoup de mal à parler de leurs problèmes avec des adultes donc l’initiative a été mise en place pour leur permettre de se confier, de parler de leurs problèmes avec leurs semblables. Je suis passé par là, et je sais que ce n’est pas facile. C’est compliqué de se confier même à ses parents. Le moment où on se sent vraiment libre pour exprimer ce qu’on ressent, ce qu’on a sur le cœur et ce qu’on vit, c’est avec les pairs. Là, on se rend compte qu’on n’est pas le seul dans la situation qu’on vit et ça donne vraiment du tonus pour s’accrocher, on arrive à être vraiment résistant ». Au-delà de l’aspect moral et psychologique, ajoute Paterne, ces discussions améliorent aussi l’observance thérapeutique et limitent donc le risque de diffusion du VIH.
À l’étage en dessous, Mathias vient consulter le « Dr Michèle ». Lui vit depuis 30 ans avec le VIH : « Avec le traitement, on est en forme, on est sauvé ». Les anti-rétroviraux restent disponibles et accessibles au Bénin. « On a des médicaments, confirme Mathias, mais si on n’a pas de quoi manger, ça ne sert à rien ! » L’ONG a aidé sa femme à développer une activité génératrice de revenus au grand marché de Cotonou, « ça nous aide à manger » se félicite le père de famille. Mais ce volet social est lui aussi amputé par les baisses de financements. « D’autres partenaires, en particulier français nous ont aussi abandonnés », regrette Arsène Adonon, infirmier et coordinateur des soins, qui travaille depuis plus de 20 ans pour Racines. L’ONG a dû réduire son action en matière de soutien social (passant de deux à une personne, avec une enveloppe réduite), psychologique et nutritionnel.
Comme les autres acteurs de la lutte contre le VIH, malgré la nouvelle loi, Racines fait surtout face à de grandes incertitudes pour les mois à venir, entre coupes de financements américaines, baisses des aides françaises et reconstitution insuffisante du Fonds mondial.🟥
[i] Selon les chiffres de 2025, environ 69.000 personnes vivent avec le VIH au Bénin. La prévalence est de 0,7% mais elle dépasse les 7% chez les professionnelles du sexe et 8% chez les HSH
Au Bénin, une loi plus favorable à la lutte contre le VIH
