Les élèves français auront-ils enfin accès à leurs trois séances annuelles d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), comme le prévoit la loi depuis 2001 ? Alors que de premiers programmes officiels sont entrés en vigueur à la rentrée 2025, les associations demeurent mobilisées afin que cet enseignement soit appliqué à la hauteur des besoins.
L’essentiel
- La loi de 2001 impose trois séances annuelles d’EVARS, mais elle reste très peu appliquée.
- Les programmes officiels sont entrés en vigueur en septembre 2025, une avancée saluée mais jugée insuffisante.
- Manque de moyens, formation insuffisante et oppositions militantes freinent encore le déploiement.
- La justice a reconnu la « carence fautive » de l’État en matière d’EVARS.
Une loi ancienne encore très peu appliquée
Avec seulement 20 % de collégiens bénéficiant de trois séances annuelles d’EVARS, la loi Aubry-Guigou de juillet 2001 demeure très mal appliquée. Et ce en dépit des besoins croissants, qu’il s’agisse de prévention du VIH et des IST, de lutte contre les violences sexuelles et sexistes, ou de respect des différences d’orientation sexuelle et d’identité de genre.
Publiés en février 2025 par le ministère de l’Éducation nationale et entrés en vigueur en septembre, les premiers programmes officiels d’EVARS ont été salués comme une avancée majeure vers un déploiement effectif de cet enseignement. Pourtant, selon plusieurs acteurs de terrain, les seuls programmes scolaires ne suffiront pas tant les moyens financiers et humains font encore défaut.
Des freins persistants : moyens insuffisants et oppositions
Parmi les principaux obstacles figurent le manque de formation des enseignants, des budgets scolaires insuffisants et la baisse du financement des associations intervenant dans les établissements.
À cela s’ajoute l’opposition tenace de collectifs de parents diffusant des contre-vérités sur la réalité de l’EVARS. Déboutées fin juin 2025 par le Conseil d’État, plusieurs de ces associations ont annoncé en décembre avoir saisi le comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies.
Un plaidoyer renforcé auprès des députés
Pour le collectif « Pour une véritable éducation à la sexualité », la mobilisation reste essentielle. Désormais composé de 18 associations et syndicats [i], il avait publié en novembre 2023 un Livre blanc formulant 46 recommandations à destination des décideurs politiques.
Le 2 décembre 2025, le collectif s’est rendu à l’Assemblée nationale pour sensibiliser les députés à l’importance de l’EVARS. Coorganisée par la délégation aux droits des femmes, la rencontre a réuni 27 parlementaires de plusieurs groupes politiques.
Objectif : expliquer concrètement le contenu des séances et déconstruire les rumeurs. Deux exemples ont été présentés : une séance destinée à des élèves de CP sur l’intimité et le consentement, et une autre pour des collégiens sur l’égalité filles-garçons.
Les intervenants ont insisté sur la progressivité des apprentissages, distinguant l’EVAR à l’école primaire et l’EVARS au secondaire. La sexualité n’est abordée qu’à partir de la 4e et de la 3e, en lien avec les cours de biologie.
La justice reconnaît la « carence fautive » de l’État
Le même jour, le tribunal administratif de Paris reconnaissait la carence fautive de l’État en matière d’EVARS. En mars 2022, le Planning familial, Sidaction et SOS Homophobie avaient saisi la justice pour obliger l’État à respecter ses obligations.
Le tribunal a estimé que cette carence avait porté préjudice aux associations, condamnant l’État à verser un euro symbolique à chacune. Cependant, les juges ont considéré que la publication des programmes suffisait à mettre fin au préjudice, refusant d’imposer des mesures supplémentaires à l’administration.
Une décision importante pour les associations
Malgré cette limite, la reconnaissance du préjudice constitue une avancée majeure. La justice a notamment estimé que la non-mise en œuvre de l’EVARS favorise l’augmentation des IST et des LGBT-phobies, impactant directement les missions des associations.
Des progrès annoncés mais encore incertains
Dans une interview au Monde, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray s’est montré optimiste : 66 % des écoliers, 48 % des collégiens et 35 % des lycéens auraient déjà bénéficié d’au moins une séance fin 2025, avec un objectif de 100 % d’ici la fin de l’année scolaire.
Reste une question centrale : en cas de non-respect persistant de la loi, de nouvelles actions en justice restent possibles. Les associations pourraient saisir à nouveau les tribunaux si elles constatent un défaut d’application. 🟥
[i] ALS – Association de lutte contre le sida et pour la santé sexuelle ; Excision parlons-en ! ; Fédération nationale des CIDFF (centres d’information sur les droits des femmes et des familles) ; Fédération nationale Solidarité Femmes ; IDsanté ; Planning familial ; Sidaction ; StopFisha ; Sud Education ; Syndicat national des infirmier(e)s conseiller(e)s de santé FSU (Snics-FSU). Le collectif est soutenu (membres alliés) par le Crips-Ile de France, la Fédération syndicale unitaire (FSU), le Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale (SNPDEN-UNSA), l’Union syndicale lycéenne (USL), les Dévalideuses, ADOSEN-Prévention santé MGEN, Parents & Féministes, la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE)
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