Le 11 juin 2026, la Journée scientifique Sidaction a réuni à Paris des chercheurs issus de disciplines variées autour d’un objectif commun : faire avancer la recherche sur le VIH. Entre avancées en virologie et en immunologie, sciences sociales et échanges interdisciplinaires, cette douzième édition a une nouvelle fois illustré la richesse et la complémentarité des approches soutenues par l’association.
L’essentiel
- Le 11 juin dernier, la Journée scientifique Sidaction (JSS) 2026 a réuni au Campus des Cordeliers des chercheurs représentant de nombreuses disciplines mobilisées contre le VIH.
- Les présentations en virologie et en immunologie ont permis de partager des avancées susceptibles d’ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques.
- Les sciences humaines et sociales ont également occupé une place importante, notamment autour des questions de genre, de sexualité, de prévention et de désinformation.
- La rencontre a mis en évidence l’intérêt du dialogue entre disciplines pour faire émerger de nouvelles pistes de recherche et améliorer la réponse contre l’épidémie de VIH.
« Une très belle journée scientifique, riche en échanges scientifiques et humains » : c’est ainsi que Jason Decotter, jeune chercheur post-doctorant à l’Institut de biologie moléculaire et cellulaire de Strasbourg, décrit la Journée scientifique Sidaction 2026 dans un post publié sur le réseau social professionnel LinkedIn.
Lancée en 2014 et organisée chaque année depuis lors, cette rencontre vise à présenter les projets de recherche financés par l’association. Ouverte à l’ensemble des actrices et des acteurs de la recherche sur le VIH, elle permet aux scientifiques porteur.euses de ces travaux de présenter leurs derniers résultats et d’échanger avec leurs pairs. Des interactions susceptibles de stimuler une dynamique bénéfique à la lutte contre le VIH.
Les enseignements reçus des cas de rémission
Installée cette année au cœur de Paris, au Campus des Cordeliers, cette douzième édition a réuni plusieurs dizaines de participant.es. Une vingtaine de chercheuses et chercheurs venus de toute la France y ont présenté leurs travaux lors de sessions orales d’une quinzaine de minutes. Virologie, biologie moléculaire, immunologie, sociologie, anthropologie, sciences de l’information et de la communication, science politique… De nombreuses disciplines étaient représentées, soulignant l’importance d’une approche multidisciplinaire dans la recherche et la lutte contre le VIH.
Après une introduction assurée par Florence Thune, directrice générale de Sidaction, et Jane Deuve, directrice scientifique de l’association, l’amphithéâtre Farabeuf a accueilli Asier Sáez-Cirión, responsable de l’unité Réservoirs viraux et contrôle immunitaire à l’Institut Pasteur. Lors de sa présentation intitulée « Comment les cas de rémission durable du VIH peuvent-ils éclairer le programme de guérison ? », le directeur de recherche est revenu sur plusieurs situations remarquables, observés lors de ses recherches.
Il a notamment évoqué les personnes vivant avec le VIH dont la charge virale demeure indétectable sans traitement. Parmi elles figurent les contrôleurs naturels du VIH, ces rares personnes représentant moins de 1 % des personnes vivant avec le VIH et capables de maîtriser spontanément l’infection. Il a également présenté les cas de rémission à long terme associés à des greffes de moelle osseuse réalisées avec des dons porteurs de la mutation génétique rare CCR5-delta 32, protectrice contre l’infection, dont plus de dix cas sont désormais recensés dans le monde. Enfin, il a abordé la situation des « contrôleurs post-traitement », ces personnes considérées en rémission durable grâce à une prise en charge précoce ou à différentes immunothérapies, aujourd’hui estimées à une centaine.
Le chercheur l’a assuré : tous ces cas démontrent qu’une rémission durable, voire une guérison du VIH, est possible. Certes, « la recherche sur la rémission et la guérison du VIH est semée d’embûches », a reconnu Asier Sáez-Cirión. Mais, a-t-il ajouté, « l’étude des personnes contrôlant naturellement ou après traitement nous aidera à atteindre notre objectif ».
Explorer les mécanismes du virus pour mieux le combattre
Le biologiste a ensuite passé le relais à plusieurs consœurs confrères venu.es présenter des travaux de recherche fondamentale destinés à mieux comprendre le cycle viral du VIH. Parmi eux figurait Jason Decotter. Lors de son intervention, il a montré comment la protéine Vif, « une protéine accessoire du VIH aux fonctions essentielles », interagit avec les ARN cellulaires, favorisant ainsi la multiplication du virus dans les cellules infectées. Très spécialisées car centrées sur des mécanismes moléculaires complexes, ces recherches — comme les autres présentées lors de cette séquence consacrée à la virologie — pourraient contribuer à l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques et, à terme, au développement de nouveaux traitements contre le VIH.
La matinée s’est poursuivie avec plusieurs présentations consacrées à l’immunologie. Trois interventions ont notamment retenu l’attention : celle de Mireia Pelegrin, de l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier, dont l’équipe cherche à identifier de nouvelles cibles moléculaires et cellulaires afin de développer des thérapies anti-VIH fondées sur les anticorps ; celle de Titouan Robin, chercheur postdoctoral à l’Institut Cochin, qui étudie la protéine RUSC3, nouveau facteur moléculaire impliqué dans l’altération de la synapse immunitaire ; et celle de Pierre Rosenbaum, de l’unité HIV, inflammation persistances virales de l’Institut Pasteur, qui a fait le point sur les nouvelles méthodes d’évaluation de l’ADCC, un mécanisme de défense permettant l’élimination des cellules infectées. Autant de recherches qui pourraient, elles aussi, déboucher sur des approches thérapeutiques innovantes.
Prévention, genre et lutte contre la désinformation
L’après-midi s’est ouverte sur un moment fort : la projection d’une vidéo d’une trentaine de secondes consacrée à la campagne « Alpha safe – Quand la masculinité toxique devient virale, rétablir les faits devient vital ». Lancée en novembre 2025 par Sidaction en partenariat avec l’agence MNSTR, cette initiative repose sur la diffusion de vidéos virales via de faux comptes sur les réseaux sociaux. Son objectif : lutter contre les discours misogynes, homophobes et les fausses informations sur la sexualité relayés par certains influenceurs masculinistes, qui encouragent parfois des comportements à risque, notamment le retrait non consenti du préservatif. Un moment chaleureusement applaudi par l’assemblée.
Cette parenthèse a été suivie de plusieurs présentations consacrées aux questions de genre, à la prévention et à la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Un échange particulièrement révélateur a illustré l’intérêt du dialogue entre chercheur.euses. Il a suivi l’intervention de Florian Vörös, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Lille. Ses travaux portaient sur les discours relatifs à la sexualité, à la santé sexuelle et aux violences sexuelles dans les contenus numériques de développement personnel destinés aux hommes cisgenres hétérosexuels. À l’issue de la présentation, Léo Manac’h, docteur en anthropologie à l’Université Paris-Cité, a suggéré d’élargir l’analyse à un autre corpus : les contenus similaires destinés aux hommes transgenres. Une proposition jugée « pertinente » par Florian Vörös. Une nouvelle piste de recherche à explorer ?
La Journée scientifique Sidaction a également permis de remettre en lumière le projet de recherche opérationnelle RaDAR (Rattrapage du dépistage VIH des enfants en Afrique de l’Ouest : rôle des associations), lancé en 2020 par Sidaction. Ce programme vise à réduire le retard au dépistage du VIH chez les enfants d’Afrique de l’Ouest afin d’améliorer leur prise en charge. Un enjeu majeur pour cette région du monde.
Enfin, la rencontre s’est clôturée par la tenue d’une table ronde sur la recherche face aux idées d’extrême droite, modérée par Hélène Roger, directrice Analyses et Plaidoyer chez Sidaction.
« Un grand merci à Sidaction ainsi qu’à l’ensemble des participants pour la qualité des discussions », conclut Jason Decotter dans son message publié sur LinkedIn. Rendez-vous en 2027 pour une nouvelle édition ! 🟥
JSS 2026 : « Une rencontre riche en échanges scientifiques et humains »
