vih ONUSIDA : une nouvelle déclaration politique pour relancer la riposte mondiale

24.06.26
Nicolas Gateau
6 min
Visuel ONUSIDA : une nouvelle déclaration politique pour relancer la riposte mondiale

Adoptée le 23 juin 2026 par l’Assemblée générale de l’ONU, la nouvelle déclaration politique sur le VIH réaffirme l’objectif de mettre fin au sida d’ici 2030. Mais au moment même où les États renouvellent leurs engagements, l’Onusida alerte sur une situation critique : baisse historique des financements, prévention fragilisée et inégalités persistantes menacent les progrès réalisés depuis vingt ans.

L’essentiel

  • Une nouvelle déclaration politique a été adoptée à une large majorité : elle réaffirme l’objectif de mettre fin à l’épidémie de VIH d’ici 2030.
  • Malgré des progrès majeurs depuis 2010, la trajectoire pour atteindre les objectifs fixés n’est pas bonne.
  • Le dernier rapport de l’Onusida alerte sur un risque de recul inédit des progrès accomplis depuis 20 ans, lié notamment à la chute des financements internationaux.

HIV/AIDS: ‘The progress achieved should not be confused with success’

Le 23 juin 2026, la réunion de haut niveau des Nations unies sur le VIH/sida s’est achevée par l’adoption d’une nouvelle déclaration politique sur le VIH et le sida, réaffirmant l’ambition de mettre fin au sida comme menace de santé publique d’ici à 2030. Approuvé par une majorité des États membres, ce texte fixe une feuille de route pour les cinq prochaines années, avec des objectifs renforcés en matière de prévention, d’accès aux traitements, de lutte contre les inégalités et de mobilisation des financements.

Une mobilisation renouvelée face à des fragilités croissantes

Ce consensus intervient dans un contexte international tendu, marqué par un recul du multilatéralisme en matière de lutte contre le VIH et une baisse des financements internationaux. Organisée par la présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, avec l’appui de co-facilitateurs — les ambassadeurs du Botswana, David Masole, et de la Géorgie, David Bakradze, chargés des négociations —, la réunion de haut niveau sur le VIH/sida a réuni des personnes vivant avec le VIH, des acteurs communautaires, des acteurs issus du secteur privé, des scientifiques et des responsables politiques pour faire le point sur les avancées, les risques et les priorités des cinq prochaines années.

La déclaration insiste sur la nécessité d’élargir de manière équitable l’accès au dépistage, au traitement et à la prévention du VIH ; de combler les déficits de financement ; de protéger les droits humains et l’égalité de genre ; d’améliorer l’accès aux médicaments grâce au partage de technologies et au renforcement des productions locales ; et de renforcer le rôle des acteurs communautaires et de la société civile dans la lutte contre le sida.

« Le fait qu’un si grand nombre d’États membres aient voté en faveur de cette déclaration politique témoigne que les progrès réalisés méritent d’être préservés et qu’il existe une volonté de poursuivre les actions nécessaires pour atteindre l’objectif de 2030 », déclare, au sortir de la réunion, Winnie Byanyima, la directrice exécutive de l’Onusida.

Des progrès réels mais insuffisants pour atteindre les objectifs fixés pour 2030

Cet élan intervient alors que l’Onusida alerte sur une situation de plus en plus fragile. Dans son dernier rapport, publié en juin 2026, l’institution souligne les avancées majeures réalisées depuis 2010. Les décès liés au sida ont chuté de 56 %, tandis que les nouvelles infections ont diminué de 43 %. En 2025, 32,1 millions de personnes ont accès à un traitement, soit près de 78 % des personnes vivant avec le VIH.

Ces progrès historiques témoignent de l’efficacité des politiques de santé publique et des avancées scientifiques. En 2025, le nombre de nouvelles infections est estimé à 1,2 million et celui des décès à 570 000, des niveaux historiquement bas mais encore trop élevés, bien au dessus des objectifs fixés pour 2025 dans la précédente déclaration politique en 2021.

Surtout, l’Onusida avertit que le monde n’est pas sur la bonne trajectoire pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Près de 9 millions de personnes n’ont toujours pas accès au traitement, et les inégalités restent fortes selon les régions et les populations. Certaines zones, comme l’Afrique subsaharienne, concentrent toujours une part importante de l’épidémie, tandis que les infections continuent d’augmenter dans d’autres régions, notamment en Europe de l’Est, en Asie centrale, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord ou en Amérique latine.

Une riposte fragilisée par la chute des financements

Si le rapport de l’Onusida pointe des inégalités persistantes, sa principale alerte porte sur l’effondrement récent de l’aide publique au développement (APD). En 2025, les financements mondiaux du développement ont chuté de 23 %, une diminution inédite qui affecte directement la lutte contre le VIH. Les conséquences sont immédiates et mesurables : entre 2024 et 2025, on constate un recul de 22 % du dépistage dans certains pays, baisse de 38 % du recours à la PrEP et effondrement de plus de 90 % des financements pour les préservatifs.

Ces coupes touchent particulièrement les programmes de prévention et les organisations communautaires, pourtant essentielles pour atteindre les populations les plus exposées. Dans certains contextes, les services portés par les communautés ont été réduits de moitié, compromettant l’accès à la prévention et au traitement.

Or, ces acteurs jouent un rôle clé : ils assurent jusqu’à 60 % des services de prévention et d’accompagnement dans certaines populations, notamment auprès les travailleurs du sexe, les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes ou les personnes usagères de drogues.

le succès de la lutte contre le VIH conditionnée par des choix politiques

La déclaration politique adoptée en juin 2026 insiste sur un point central : la fin du sida d’ici 2030 reste possible, mais elle dépend de décisions politiques fortes. Elle appelle à combler les déficits de financement, à renforcer les systèmes de santé et à garantir les droits des populations les plus exposées.

Car les obstacles ne sont pas seulement financiers. Le recul des droits humains, la criminalisation de certaines populations et la persistance de la stigmatisation freinent l’accès aux soins et à la prévention. Dans de nombreux pays, ces facteurs empêchent les personnes concernées de se faire dépister ou de suivre un traitement.

« Les maladies se propagent d’autant plus vite que les droits humains sont faibles », déclare Mme Byanyima dans le communiqué accompagnant la sortie du nouveau rapport. « Le recul des droits humains et de l’espace démocratique n’est pas un hasard : il est organisé, il est politique, et il a des conséquences bien réelles sur la santé publique, avec des effets graves sur l’épidémie de VIH. » 🟥

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