Réuni·es pour la conférence AIDS 2026 à Rio, dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et de baisse des financements internationaux, les acteur·rices de la lutte contre le VIH ont dressé un amer constat. Alors que les coupes budgétaires fragilisent l’accès à la prévention et aux soins dans de nombreux pays, les avancées scientifiques ouvrent de nouvelles perspectives encourageantes.
L’essentiel
- Les réductions de financements internationaux ont déjà des conséquences concrètes, avec des fermetures de centres de soins et un recul de l’accès à la prévention dans plusieurs pays.
- Le lénacapavir et d’autres solutions à longue durée d’action confirment leur potentiel en prévention.
- La recherche progresse sur tous les fronts, des traitements hebdomadaires aux vaccins, en passant par les stratégies de rémission du VIH.
Dix-huit mois après les importantes coupes dans les programmes d’aide internationale décidées par l’administration Trump, les données présentées lors de la conférence AIDS 2026 montrent un impact significatif sur les systèmes de santé et les communautés concernées.
L’étude PEPFAR Pulse, menée auprès de 166 partenaires de mise en œuvre dans 46 pays, rapporte la fermeture de plus de 1 700 cliniques et de point d’accès au soins, principalement en Afrique de l’Est et du Sud.
L’accès à la prévention enregistre également un net recul. Dans plusieurs régions africaines, les initiations à la prophylaxie préexposition (PrEP) ont chuté de 31 à 64 %, tandis que la distribution de préservatifs a diminué de plus de moitié. Au Nigeria, les services de prévention destinés aux populations clés ont touché 50,5 % de personnes en moins entre le premier et le deuxième trimestre 2025.
Dans son dernier rapport, présenté lors d’AIDS 2026, l’ONUSIDA précise que les financements domestiques consacrés à la lutte contre le VIH ont progressé de 4 % en 2025 et représentent désormais près de 60 % des ressources mobilisés contre l’épidémie.
« L’époque où l’on pouvait compter sur l’aide internationale est révolue », indique Winnie Byanyima, la directrice exécutive de l’ONUSIDA, lors de la conférence. En conséquence, elle appelle à un allégement de la dette pour les pays concernés puissent « investir dans ce qui compte le plus : la santé, l’éducation et l’avenir de leurs populations ».
La prévention à longue durée d’action : quelles avancées ?
Les résultats présentés lors de la conférence AIDS 2026 confirment l’intérêt croissant pour les outils de prévention à longue durée d’action. Le lénacapavir injectable administré deux fois par an confirme son efficacité. Dans les essais PURPOSE 1 et PURPOSE 2, 95 % des participant·es ont choisi de poursuivre leur traitement au lénacapavir, citant notamment, dans plusieurs études qualitatives présentées lors de la conférence, la praticité, l’allègement de la contrainte de la prise du médicament et la réduction de la stigmatisation.
D’autres molécules à longue durée d’action pourrait bientôt venir compléter l’arsenal préventif contre le VIH. Le nouveau candidat pour la prophylaxie pré-exposition (PrEP) orale, le MK-8527 ou alimatravir®, un traitement préventif oral mensuel, pourrait ainsi être fabriqué pour environ 15 dollars par personne et par an.
Par ailleurs, l’anneau vaginal à la dapivirine offre aux femmes une option de prophylaxie pré-exposition (PrEP) alternative lorsque la prise orale quotidienne s’avère difficile.
Vers une prise mensuelle des traitements ?
Un des efforts de la recherche portant sur les traitements vise à alléger la contrainte d’une pris quotidienne de médicaments. Lors de de la conférence AIDS 2026, les premiers résultats des essais ISLEND-1 et ISLEND-2, évaluant l’association orale islatravir/lénacapavir en prise hebdomadaire, ont été présentés.
Les études ont inclus plus de 1 200 personnes vivant avec le VIH en Asie, en Australie, en Europe, sur le continent américain et en Afrique du Sud. Les essais de phase III montrent que l’association orale islatravir/lénacapavir est efficace et bien tolérée chez les personnes virologiquement contrôlées. Cette combinaison pourrait devenir le premier traitement contre le VIH administré une seule fois par semaine par voie orale.
rémission et guérison : QUels persepctives ?
La conférence a également mis en lumière les avancées dans la recherche d’une rémission durable du VIH. Un nouveau cas de rémission prolongée sans traitement, présentée sous le nom de « patient de Kansas City », a ainsi été présenté lors de la conférence. Ce dernier a montré une rémission 14 mois après une greffe de cellules souches porteuses de la mutation CCR5 delta32/delta32. Cette dernière annonce porte à treize le nombre de personnes considérées comme étant en rémission durable après ce type d’intervention.
Parallèlement, plusieurs équipes de chercheurs poursuivent leurs travaux sur les anticorps neutralisant à large spectre (bNAbs), capables de mobiliser le système immunitaire contre le virus. Les résultats de l’étude RIO confirment leur intérêt potentiel dans les stratégies de contrôle du VIH sans prise de traitement antirétroviral continu.
Et les vaccins ?
Les recherches vaccinales progressent elles aussi. Plusieurs équipes ont présenté de nouvelles pistes vaccinales contre le VIH. Une de ces pistes a, par exemple, permis de réduire de plus de 80 % le risque d’infection chez le singe, ouvrant la voie à de futurs essais chez l’humain. Une autre approche, basée sur l’ARN messager, a généré une forte réponse immunitaire chez la souris et doit désormais être testée chez les primates.🟥
AIDS 2026 : retours sur la dernière conférence internationale à Rio
